Politique

Trump joue son va-tout

Le Texas est un État habitué aux combats de dernière chance. Jeudi soir, à Dallas, entouré de ses partisans, sous une pluie de ballons et accompagné par un chanteur d’opéra, Donald Trump a livré le sien.

Le président américain, dont la cote de popularité est tombée à un niveau historiquement bas, aborde les élections de mi-mandat avec la perspective d’une débâcle : perdre à la fois la Chambre des représentants et le Sénat. Sa convention républicaine de deux jours à Dallas était peut-être sa dernière occasion de reprendre l’initiative et de préserver son pouvoir.

Mais Donald Trump avait beau avoir le dos au mur, il a préféré transformer ce qui ressemblait à une bataille décisive en véritable apothéose personnelle.

Dans une salle de Dallas tapissée de portraits à son effigie, le président a parlé près de deux heures mercredi, puis encore vingt-cinq minutes jeudi, avant de prendre le temps de savourer le spectacle baptisé par les organisateurs « Trumpapalooza ».

The US president used the speech to make several ambitious promisesThe US president used the speech to make several ambitious promises

Derrière le vernis, pourtant, les premières fissures étaient visibles.

Le président a profité de ses interventions pour multiplier les promesses spectaculaires. Mais plusieurs dizaines de républicains ont boycotté la convention, tandis que certains proches de Charlie Kirk, le militant conservateur assassiné, ont également choisi de rester à l’écart. Même parmi les fidèles les plus convaincus, l’inquiétude grandissait face à la flambée des prix du carburant.

Le vice-président JD Vance a, lui, exhorté les électeurs à ne pas abandonner le Parti républicain en raison de la guerre avec l’Iran.

Trump était pourtant sous pression pour modérer sa rhétorique et montrer qu’il avait compris les préoccupations économiques des Américains. Il a fait exactement l’inverse, profitant de la lumière des projecteurs jusqu’à la dernière seconde.

Mercredi soir, lors de son discours en prime time, il a notamment promis une prime de 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains conservaient la Chambre et le Sénat.

Une promesse juridiquement hasardeuse au regard des règles électorales, politiquement difficile à faire accepter aux conservateurs budgétaires et économiquement vertigineuse alors que la dette nationale a atteint 40 000 milliards de dollars en août. Les démocrates y ont vu un pot-de-vin à peine dissimulé, tandis que certains soutiens du mouvement MAGA l’ont qualifiée d’« idiote ». D’autres projets similaires, comme le dividende de 5 000 dollars que devait financer Elon Musk grâce aux économies du Doge, ou encore un remboursement de 2 000 dollars lié aux droits de douane, n’ont jamais vu le jour.

Trump l’a néanmoins promis.

Officiellement présent à Dallas pour aider les candidats républicains, le président n’a pas hésité à s’en prendre aussi bien à ses adversaires qu’à certains de ses propres alliés, transformant la convention en spectacle personnel.

L’une de ses plaisanteries favorites concernait Ken Paxton, candidat républicain au Sénat pour le Texas. Paxton « ne s’habille peut-être pas correctement », « ne parle pas toujours parfaitement » et n’est « peut-être pas le plus bel homme que j’aie jamais vu », a lancé Trump. Mais les électeurs devaient voter pour lui malgré tout.

Le président a tellement apprécié cette formule qu’il l’a répétée deux jours de suite.

Lorsque Paxton a accordé une interview à la radio jeudi, à l’écart de la convention, ses conseillers l’ont fait sortir quelques secondes après la fin de l’entretien. Les journalistes n’avaient qu’une question en tête : les attaques de Trump contre son apparence.

‘Pretend that I’m on the ballot,’ Mr Trump told the crowd‘Pretend that I’m on the ballot,’ Mr Trump told the crowd

Cette convention était sans doute la dernière que Trump pourra savourer pleinement avant d’être, très probablement, confronté à un Congrès hostile. L’attention se portera alors progressivement sur celui qui lui succédera, tandis que le président entrera dans les deux dernières années de son mandat en « lame duck », un président affaibli politiquement et privé d’une partie de sa capacité d’action.

La prochaine convention républicaine sera consacrée à la désignation de son successeur. Et sauf énorme surprise, le favori sera JD Vance, qui a reçu un accueil triomphal à Dallas.

Mais cette semaine, il s’agissait bien de Trumpapalooza, et non de Vancepalooza.

Le vice-président l’a constaté à ses dépens. Mercredi, son discours prévu a été repoussé afin de laisser Trump « donner le ton » à la convention.

Vance a finalement pris la parole jeudi. Mais Trump est immédiatement monté sur scène pour prononcer les dernières paroles de la soirée. Au moment de clôturer la convention, il a choisi de serrer dans ses bras et de se tenir aux côtés non pas de son vice-président — absent de la scène — mais de Christopher Macchio, le ténor qui avait accompagné la soirée.

Tous les partisans de Trump ne sont d’ailleurs pas convaincus par Vance.

Mr Vance delivered searing criticism of DemocratsMr Vance delivered searing criticism of Democrats

« Il a une personnalité un peu raide », estime Karen Sergison, membre des « Front Row Joes », ces militants ultrafidèles qui suivent Trump à travers le pays lors de ses meetings.

À la différence de son patron, Vance a consacré une partie de son discours aux électeurs qui avaient voté pour Trump en 2024 mais dont le soutien s’est érodé depuis le début de la guerre avec l’Iran.

« Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain », leur a-t-il lancé, mettant en garde contre les conséquences d’une victoire démocrate. « Ne livrez pas le pays à une bande de fous simplement parce que vous n’êtes pas d’accord avec nous sur telle ou telle politique. »

Plusieurs républicains engagés dans des élections particulièrement disputées ont préféré éviter Dallas. Susan Collins, qui brigue un sixième mandat dans le Maine, ou encore Max Miller, ancien collaborateur de Trump, semblent craindre qu’une association trop étroite avec un président impopulaire ne compromette leurs propres chances.

D’autres ont fait le choix inverse.

Mike Lawler, républicain de New York dont le siège est menacé, s’est rendu à la convention. Pour lui, l’événement est avant tout consacré au « peuple américain ».

« Ce n’est pas le président », insistait-il, avec une certaine difficulté à convaincre, alors qu’il se trouvait à quelques mètres d’une immense toile représentant Trump coiffé d’un Stetson blanc.

Lawler tente depuis quelque temps de tenir une position intermédiaire : il met en avant le bilan de l’administration tout en rappelant qu’il s’est « fortement et publiquement » opposé à Trump sur certains dossiers, notamment la protection des ressortissants haïtiens.

Mais à Dallas, c’était bien le spectacle Trump.

Le président possède une capacité singulière à balayer les précautions de communication de candidats comme Lawler. Les démocrates, eux, ne se privent pas de l’aider : ils ont déjà surnommé le républicain new-yorkais « MAGA Mike ».

The arena was showered with a deluge of balloonsThe arena was showered with a deluge of balloons

Même scénario dans le Michigan, où Mike Rogers mène une campagne serrée face au démocrate Abdul El-Sayed. Son adversaire l’a affublé d’un surnom ravageur : « la marionnette préférée de Trump ».

Les proches de Charlie Kirk, le militant conservateur assassiné, ont également boycotté la convention, celle-ci coïncidant avec le premier anniversaire de sa mort. Ses alliés auraient été « furieux » en découvrant les dates retenues. Erika Kirk, la veuve du militant, était toutefois présente lors du discours de Trump mercredi soir.

Même les soutiens les plus fidèles du président commencent à s’interroger sur la direction prise par son administration, sur les élections de mi-mandat et sur son avenir politique.

« J’aimerais que cette guerre soit terminée », confie Karen Sergison à propos du conflit avec l’Iran. « Cela pourrait compromettre sa carrière politique. J’espère vraiment que ce ne sera pas le cas. »

Andra Griffin, une autre membre des « Front Row Joes », estime elle aussi que la guerre est devenue un problème majeur, notamment en raison du prix de l’essence. Le dernier jour de la convention, celui-ci atteignait 4,28 dollars le gallon, soit environ un tiers de plus qu’un an auparavant.

Cette podcasteuse spécialisée dans les faits divers, souriante et toujours fidèle à Trump, poursuit : « J’aimerais savoir ce que Trump compte faire… Si cela signifie raser le pays, je ne serai pas contente. Je veux que le pays disparaisse. J’en ai assez de devoir gérer tout ça. »

Et pourtant, jeudi soir, debout sur la scène, sous une pluie de ballons rouges, blancs, bleus et dorés déversés du plafond, Donald Trump semblait parfaitement dans son élément.

Il a levé les yeux vers les gradins et affirmé que la salle, qui peut accueillir 20 000 personnes, était remplie « jusqu’au dernier rang ».

Il ne semblait pas voir les centaines de sièges vides devant lui.

Ses partisans, eux, les voyaient très bien.

Mais ils ont applaudi malgré tout.

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