Politique

Irak : le retrait américain ouvre une nouvelle fenêtre d’opportunité pour l’Iran

Les forces occidentales placées sous commandement américain ont achevé mercredi leur retrait des dernières positions qu’elles occupaient encore en Irak, alimentant les inquiétudes quant à la volonté de l’Iran de profiter du vide ainsi créé.

Téhéran et ses alliés ont déjà présenté ce départ comme une victoire. Les médias d’État iraniens ont largement relayé l’annonce du retrait américain.

Les forces occidentales encore présentes en Irak, notamment britanniques et italiennes, ont elles aussi quitté le pays. Elles participaient à la coalition internationale engagée contre le groupe djihadiste État islamique (EI). La Turquie a, de son côté, accepté de suivre le même chemin.

Le retrait, notamment de la base aérienne d’Erbil, dans le nord de l’Irak, avait été décidé en 2024.

Dans les faits, plusieurs armées occidentales avaient déjà commencé à réduire leurs effectifs plus tôt cette année, après avoir essuyé d’importantes attaques à la suite du déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran.

Sur le principe, ce départ constitue une étape importante : il met fin à plus de deux décennies de présence militaire américaine en Irak, commencée avec l’invasion de 2003 qui avait conduit au renversement de Saddam Hussein.

Les États-Unis s’étaient retirés une première fois à la fin de 2011, avant de revenir moins de trois ans plus tard pour soutenir les forces irakiennes lorsque les combattants de l’État islamique s’étaient emparés d’environ un tiers du territoire irakien et y avaient instauré un régime de terreur.

Mais ce retrait définitif intervient cette fois en pleine guerre avec l’Iran, ce qui pourrait, avec le recul, apparaître comme un calendrier particulièrement délicat.

Le symbole est également peu favorable à Washington. L’Iran peut désormais se féliciter de la réduction de la présence américaine dans la région, alors même que plusieurs alliés des États-Unis au Moyen-Orient se disent déjà déçus par le niveau de soutien sécuritaire apporté par Washington pendant la guerre avec l’Iran.

Reste à savoir si les efforts diplomatiques américains, associés aux capacités des forces de sécurité irakiennes, permettront de constituer un contrepoids suffisamment efficace à l’influence iranienne, que Téhéran cherche depuis longtemps à renforcer en Irak.

Smoke rises from the site of an explosion near the airport in Erbil on Sept 20Smoke rises from the site of an explosion near the airport in Erbil on Sept 20

## L’Irak face à l’influence iranienne

Lors du précédent retrait américain, en 2011, les forces irakiennes avaient rapidement été dépassées par l’État islamique, précipitant le retour des troupes américaines.

Depuis, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont consacré des années à former et équiper les forces irakiennes. Cette expertise pourrait désormais être mise à l’épreuve dans un contexte très différent.

L’Irak peine depuis longtemps à s’affranchir de l’influence iranienne. À l’image du Liban, le pays compte de nombreux responsables politiques et hauts fonctionnaires entretenant des liens avec des milices soutenues par Téhéran. Une structure paramilitaire regroupant plusieurs groupes armés proches de l’Iran est par ailleurs officiellement intégrée aux forces armées irakiennes.

Selon des informations obtenues par *The Telegraph*, l’Iran aurait tiré des missiles contre une réunion de hauts responsables irakiens organisée plus tôt cette année afin de tenter de sortir le pays d’une impasse politique concernant la désignation de son prochain Premier ministre. Téhéran souhaitait l’arrivée au pouvoir d’un dirigeant susceptible de lui être favorable, et cette attaque aurait été perçue comme un avertissement.

Réduire l’influence iranienne constitue un défi particulièrement complexe pour Bagdad. L’Irak partage avec l’Iran sa plus longue frontière terrestre et se trouve, de ce fait, particulièrement exposé à l’influence de son voisin.

Les deux pays, à majorité chiite, entretiennent également d’importants liens religieux et culturels. Ils abritent plusieurs lieux saints fréquentés par des pèlerins iraniens et irakiens.

Pour Téhéran, le départ américain représente donc une occasion de consolider davantage son influence en Irak.

## La menace de l’État islamique

L’État islamique pourrait lui aussi tenter de tirer parti de la situation.

De nombreux combattants de l’organisation ont été transférés de Syrie vers l’Irak, où les prisons sont arrivées à saturation et où les autorités disposent de ressources limitées pour assurer leur réinsertion.

Dans le même temps, le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, présenté comme le plus jeune à avoir occupé cette fonction et issu du monde des affaires, s’est engagé à désarmer toutes les milices soutenues par l’Iran.

Il n’a toutefois pas respecté le calendrier qu’il s’était initialement fixé : le 30 septembre, date qui correspondait également au retrait américain. Il affirme désormais vouloir mener cette opération à son terme d’ici juin prochain.

La tâche s’annonce difficile. De nombreuses milices sont réticentes à abandonner leurs armes, tandis que la collecte, le stockage et la sécurisation des missiles, drones et armes à feu représenteraient un défi logistique considérable.

Et même si ces groupes acceptaient de remettre leur arsenal, l’Iran pourrait relativement facilement acheminer de nouvelles armes à travers la frontière terrestre.

Le processus ne pourra certainement pas être mené à bien du jour au lendemain. Khalid Sido, député irakien, fait partie de ceux qui appellent Bagdad à renforcer ses capacités militaires afin de protéger son espace aérien. L’Irak a déjà conclu un accord avec la Turquie pour l’acquisition de vingt systèmes de défense antiaérienne.

Members of Kurdish special forces patrol on the outskirts of Erbil, IraqMembers of Kurdish special forces patrol on the outskirts of Erbil, Iraq

## Un paradoxe pour les milices pro-iraniennes

Le paradoxe est que le retrait américain et occidental prive désormais l’Iran et les milices qui lui sont alliées de leur cible originelle, du moins de celle qu’elles invoquaient officiellement.

« Le retrait américain remet en cause la principale raison d’être de ces milices, qui justifiaient leur existence par la présence militaire américaine », estime Elizabeth Tsurkov, chercheuse au New Lines Institute, spécialiste des milices soutenues par l’Iran en Irak.

Sur le papier, le départ des forces américaines pourrait aussi favoriser une plus grande stabilité en Irak. Depuis des années, le pays débat de la question de savoir si la présence militaire occidentale contribue à sa sécurité et à celle de la région, ou si elle les fragilise davantage.

Mais la disparition de ces forces du paysage ne signifie pas que les problèmes auxquels l’Irak est confronté ont disparu.

Les États-Unis et leurs alliés devront probablement renforcer leur coordination afin d’éviter que l’Iran n’accroisse davantage son influence en Irak et de prévenir un retour de la situation actuelle dans les mois et les années à venir.

L’issue dépendra notamment de la volonté de Washington de maintenir son engagement, que ce soit par la pression politique exercée sur Bagdad ou par des moyens économiques, notamment des sanctions visant l’Iran afin de limiter sa capacité à soutenir les milices.

Cela pourrait même, à terme, conduire les États-Unis à envisager de nouveau un recours à la force en Irak contre les groupes armés qui refuseraient de déposer les armes.

« Chaque fois que les États-Unis tentent de se désengager du Moyen-Orient, quelque chose les contraint à y revenir : un autre pays s’embrase, un nouveau défi apparaît », souligne Elizabeth Tsurkov.

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