Politique

L’accord proposé par l’UE au Canada peut-il servir de modèle au Royaume-Uni, ou rappelle-t-il surtout qu’il reste à l’écart ?

Depuis janvier, le Premier ministre canadien, Mark Carney, plaide pour un rapprochement entre les « puissances intermédiaires » face à ce qu’il considère comme l’imprévisibilité de Washington.

Mais ce qui devrait surtout préoccuper une autre puissance intermédiaire, le Royaume-Uni, c’est que c’est Bruxelles qui a dévoilé mercredi, à Strasbourg, une proposition particulièrement ambitieuse.

Lors de son discours sur l’état de l’Union, accueilli par une ovation debout, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé vouloir ouvrir la voie à l’adhésion du Canada comme premier « membre associé » de l’Union européenne. L’objectif affiché est de renforcer les liens entre alliés dans « un monde ouvertement hostile ».

Cette proposition pourrait constituer un véritable « séisme », selon Joël Reland, de l’organisation UK in a Changing Europe, même si ses contours restent pour l’instant « délicieusement vagues ».

Elle marque également une différence de taille avec le Royaume-Uni. Celui-ci aurait pu, à une époque, envisager une forme de statut de membre associé de l’UE, si le choix d’un Brexit fondé sur une rupture nette avec le bloc n’avait pas prévalu.

La dernière fois que l’idée d’un statut de membre associé de l’UE avait été évoquée, c’était notamment dans le contexte de l’Ukraine. Il s’agissait alors d’imaginer une nouvelle formule permettant de rapprocher Kyiv du bloc européen sans aller jusqu’à une adhésion à part entière.

Selon Ursula von der Leyen, de nouveaux partenariats sont devenus nécessaires « dans la fragilité de l’époque actuelle », notamment face à une Chine de plus en plus affirmée sur la scène internationale.

Quelques instants plus tôt, la présidente de la Commission avait également insisté sur la nécessité pour l’UE de diversifier rapidement ses approvisionnements en matières premières critiques et en terres rares, dont la Chine domine actuellement une grande partie de la production et de l’exportation. L’Europe souhaite notamment s’inspirer du Japon et constituer des stocks de ces ressources indispensables à des secteurs aussi variés que l’automobile et la défense.

Le sujet n’est pas nouveau. Depuis 2023, l’UE cherche déjà à répondre à l’excédent commercial chinois et a adopté, dès 2024, son règlement sur les matières premières critiques.

La perspective d’une relation renforcée avec Ottawa est précisément le type d’évolution que Keir Starmer pourrait avoir souhaité voir se dessiner.

Le Canada dispose de ce dont l’UE a désespérément besoin : d’importantes ressources en matières premières critiques et en terres rares. En retour, l’Union européenne peut offrir à Ottawa ce dont le pays a besoin de toute urgence : de nouveaux débouchés pour des produits qu’il peine désormais à vendre sur certains marchés dans le contexte de la guerre commerciale menée par Donald Trump.

Avant le discours d’Ursula von der Leyen, Tobias Cremer, eurodéputé social-démocrate allemand et membre influent du Parlement européen, estimait déjà qu’une relation plus étroite entre l’UE et le Canada pourrait servir de modèle à d’autres pays, notamment au Royaume-Uni.

Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, a lui aussi estimé qu’un statut de membre associé pourrait « devenir un modèle de partenariats transcontinentaux étroits avec des pays démocratiques », face à ce qu’il décrit comme « le nouveau modèle de la loi du plus fort ».

Après le rejet de l’adhésion à l’UE par l’Islande, Fabian Zuleeg, directeur général et économiste en chef de l’European Policy Centre, a estimé qu’il était temps pour l’Union d’imaginer de nouvelles formules. Celles-ci pourraient aller au-delà de l’Espace économique européen et proposer des formes d’association « partielles, progressives ou associées ».

Pour Joël Reland, le caractère volontairement imprécis de l’offre faite au Canada pourrait justement laisser entrevoir des possibilités pour le Royaume-Uni.

« Une intégration profonde du Canada au marché européen nécessiterait un travail considérable afin de négocier un ensemble clairement défini de droits et d’obligations inscrits dans un traité. Il semble donc plus probable que, du moins à court terme, la coopération se concentre sur des alliances plus souples autour de la “prospérité” et de la “sécurité” », écrit-il mercredi.

Une telle approche correspondrait en partie aux ambitions affichées par le gouvernement britannique.

Dans le climat politique actuel au Royaume-Uni, il est toutefois difficile d’imaginer Andy Burnham promouvoir un quelconque statut de membre associé de l’UE. Le maire de Manchester reste très concentré sur les enjeux intérieurs et cherche à éviter de rouvrir les débats liés au Brexit.

Le Royaume-Uni cherche bien à réinitialiser ses relations avec l’Union européenne, mais les objectifs fixés pour la première année étaient relativement modestes et n’ont pas encore été atteints.

L’offre faite au Canada pourrait néanmoins envoyer un message clair : lorsqu’il s’agit de redéfinir les relations avec l’Union européenne, les ambitions les plus larges pourraient aussi ouvrir les perspectives les plus intéressantes.

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