Politique

Xi Jinping absent du dîner des BRICS, le sommet peine à trouver un accord sur l’Ukraine et l’Iran

Le président chinois Xi Jinping a fait l’impasse sur le dîner de gala organisé par le Premier ministre indien Narendra Modi à l’occasion du sommet des BRICS, alors que les dirigeants des pays du Sud se réunissaient à New Delhi et adoptaient une déclaration commune édulcorée.

L’Inde accueillait le sommet des BRICS dans un contexte géopolitique particulièrement tendu et marqué par de profondes divisions.

Deux membres des BRICS, l’Iran et la Russie, sont engagés dans des guerres majeures, tandis que plusieurs de leurs alliés ont eux aussi été confrontés à des attaques, à l’instabilité et à de graves perturbations liées à ces conflits.

Mais les contradictions qui traversent le groupe des BRICS sont apparues au grand jour à New Delhi ce week-end.

Créé il y a deux décennies autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, le groupe s’est depuis élargi à l’Iran, à l’Indonésie, à l’Égypte, à l’Éthiopie et aux Émirats arabes unis. Son ambition initiale était de contribuer à transformer un ordre mondial largement dominé par les États-Unis.

À ces onze membres s’ajoutent dix pays partenaires, représentant des économies émergentes d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. L’ensemble élargit considérablement l’influence du groupe dans ce que Pékin et Moscou désignent parfois comme les « BRICS élargis ».

L’organisation entend ainsi s’imposer comme une voix puissante du Sud global et comme un acteur majeur d’un ordre mondial de plus en plus fragmenté.

Pourtant, lorsque leurs dirigeants se sont réunis pour adopter une déclaration commune, ils ont évité d’aborder directement deux des conflits qui façonnent aujourd’hui le plus fortement la géopolitique mondiale.

Le sommet s’est achevé dimanche avec un Xi Jinping resté moins de 24 heures en Inde. Le président chinois a quitté le pays avant le déjeuner, après avoir affiché des relations cordiales avec Narendra Modi, notamment lors de poignées de main, mais sans le traditionnel geste d’accolade du Premier ministre indien.

Il s’agissait de la première visite de Xi Jinping en Inde depuis sept ans et de son premier déplacement depuis les affrontements meurtriers de 2020 entre les forces armées des deux pays. Ces tensions avaient non seulement profondément dégradé la confiance entre les deux puissances nucléaires, mais également entraîné l’un des plus importants déploiements militaires jamais observés le long de leur frontière disputée.

Xi Jinping était représenté par son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, lors du dîner de gala organisé samedi soir. Le président russe Vladimir Poutine, son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa et plusieurs autres dirigeants ont participé au dîner aux côtés de Narendra Modi, au Bharat Mandapam, à New Delhi.

India’s Prime Minister Narendra speaks during day two of the BRICS Summit in New Delhi, India, September 13, 2026India’s Prime Minister Narendra speaks during day two of the BRICS Summit in New Delhi, India, September 13, 2026

## Une déclaration commune soigneusement édulcorée

Les dirigeants des onze pays membres ont adopté à l’unanimité la déclaration commune dès le premier jour du sommet.

Le texte approuvé par Xi Jinping, Vladimir Poutine, le président iranien Masoud Pezeshkian et les autres chefs d’État et de gouvernement a été jugé par plusieurs analystes particulièrement prudent, soigneusement calibré et largement édulcoré.

La Déclaration de New Delhi, longue de 45 pages, s’est surtout distinguée par ce qu’elle ne disait pas.

Le texte ne mentionne pas la guerre menée par la Russie en Ukraine. Il évoque le conflit au Moyen-Orient, mais sans faire directement référence aux États-Unis ni à l’Iran, illustrant les profondes divergences qui traversent le groupe.

La formulation est également plus prudente que celle utilisée dans certaines déclarations précédentes. Elle marque notamment une rupture avec la déclaration adoptée à Rio de Janeiro en 2025, qui faisait au moins état des positions nationales respectives des membres et mentionnait les efforts de médiation concernant l’Ukraine.

Le mot « guerre » n’apparaît pas une seule fois dans le document.

« Nous exprimons notre profonde préoccupation face à la poursuite de l’escalade des tensions au Moyen-Orient et en Asie occidentale et, rappelant nos positions nationales respectives, appelons à faire preuve de la plus grande retenue et à éviter toute action susceptible d’aggraver davantage la situation », indique le paragraphe 28 de la déclaration.

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Le texte se distingue toutefois par une condamnation relativement rare et directe de certaines actions concernant le Liban.

Les États membres ont explicitement condamné les violations persistantes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Liban et appelé Israël, nommément, à respecter les engagements pris avec le gouvernement libanais.

## Les divisions géopolitiques au cœur des BRICS

La capacité des onze membres à surmonter leurs profondes divergences géopolitiques et à parvenir à un consensus était de plus en plus mise en doute, alors que les tensions internationales atteignent un niveau particulièrement élevé.

Selon Harsh V. Pant, vice-président de l’Observer Research Foundation, un groupe de réflexion basé à New Delhi, l’absence de toute référence directe à la guerre en Ukraine dans la déclaration reflète précisément la difficulté de parvenir à un consensus au sein d’un groupe devenu beaucoup plus hétérogène.

« S’il doit y avoir un document de consensus, il faut que tous les pays soient d’accord », explique-t-il, en soulignant les positions divergentes de membres tels que la Russie, l’Iran et les Émirats arabes unis.

Selon lui, la déclaration a préféré présenter les conflits de manière plus générale, en insistant sur leurs conséquences pour le monde et pour le Sud global, tout en appelant à éviter le recours unilatéral à la force.

« Je pense qu’il s’agit d’une manière indirecte d’aborder des questions qui, compte tenu de la composition des BRICS, ne peuvent pas être traitées directement », estime-t-il.

Il met toutefois en garde contre une interprétation qui ferait du langage prudent de la déclaration la preuve d’un affaiblissement de l’influence des BRICS.

Le groupe a considérablement élargi ses ambitions depuis sa création en 2006, lorsqu’il constituait avant tout une plateforme de coopération géoéconomique.

« Près d’un tiers de la déclaration porte sur la sécurité internationale », souligne M. Pant.

Des observateurs avaient estimé que les BRICS pourraient ne pas parvenir à adopter un texte commun. Pourtant, le groupe y est parvenu malgré la présence de l’Iran et des Émirats arabes unis autour de la table.

« Je pense qu’il existe peut-être aujourd’hui une plus grande confiance au sein des BRICS lorsqu’il s’agit de définir leurs ambitions et d’aborder également les questions géopolitiques », ajoute-t-il.

In this photo provided by the Indian Foreign Ministry, Indian Prime Minister Narendra Modi, right, greets Chinese President Xi Jinping upon his arrival for the BRICS summit in New Delhi, IndiaIn this photo provided by the Indian Foreign Ministry, Indian Prime Minister Narendra Modi, right, greets Chinese President Xi Jinping upon his arrival for the BRICS summit in New Delhi, India

## L’approche prudente de l’Inde

Swaran Singh, professeur d’études internationales, estime que même si la Déclaration de New Delhi est restée « très indirecte et consensuelle », l’Inde a délibérément privilégié une approche progressive des questions géopolitiques les plus sensibles plutôt que de chercher à imposer un consensus à travers des formulations plus fermes.

Il cite notamment l’accueil chaleureux réservé au président iranien Masoud Pezeshkian à New Delhi, visible notamment dans ses échanges avec Narendra Modi, ainsi que le fait qu’il ait été le seul dirigeant étranger en visite à rencontrer le président indien.

« Sur le plan géopolitique, l’objectif était de faire en sorte qu’aucune formulation ne puisse être considérée comme problématique par l’une ou l’autre des parties. Mais il faut noter que l’approche indienne face à ce type de situation difficile consiste à agir en coulisses, de manière progressive et presque imperceptible », explique M. Singh.

« Lorsque vous devez réunir 21 pays, l’Inde ne voulait pas que la déclaration devienne l’otage de ces deux seuls conflits. Même si le texte avait adopté des positions plus directes, cela n’aurait de toute façon pas changé la réalité sur le terrain », ajoute-t-il.

## La Chine face au même dilemme ?

L’Inde a désormais transmis la présidence tournante des BRICS à la Chine, qui accueillera le prochain sommet.

La Déclaration de New Delhi pourrait ainsi créer un précédent pour les prochaines réunions si la guerre en Ukraine se poursuit, notamment si Pékin se retrouve confronté aux mêmes difficultés pour obtenir un consensus entre les membres.

Swaran Singh estime toutefois que la Chine pourrait adopter une approche différente, compte tenu de ses liens plus étroits avec la Russie.

« La Chine est encore plus proche de la Russie que l’Inde. Elle est également confrontée à une plus grande fragmentation interne, tandis que l’Inde adopte une approche relativement plus fondée sur des principes et insiste notamment sur l’idée que notre époque ne doit pas être une époque de guerre », explique-t-il.

« Je ne pense pas que les Chinois évoqueront l’Ukraine si la guerre se poursuit jusqu’au prochain sommet. »

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