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Comment les vaccins et les antibiotiques peuvent prévenir certains cancers

**Au moins un cancer sur huit dans le monde serait lié à des infections virales ou bactériennes**, selon une nouvelle étude publiée dans *The Lancet Oncology*.

Sur les quelque **20 millions de nouveaux cas de cancer recensés dans le monde en 2024**, environ **2,3 millions seraient liés à des infections courantes**. Or, la grande majorité de ces cancers pourraient potentiellement être évités grâce à des moyens de prévention ou de traitement tels que la vaccination et les antibiotiques.

### Helicobacter pylori, principale infection en cause

Près de la moitié des cancers liés à une infection — environ **760 000 cas** — seraient associés à *Helicobacter pylori* (*H. pylori*), une bactérie qui infecte l’estomac, selon les chercheurs de l’**Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC)**.

Le germe est généralement transmis par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Il est estimé qu’environ **60 % de la population mondiale** est porteuse de *H. pylori* à un moment donné.

Dans certains cas, la bactérie peut rester présente dans l’organisme pendant **20 à 40 ans** sans provoquer de symptômes apparents.

Lorsqu’elle n’est pas traitée, l’infection peut entraîner une inflammation chronique de l’estomac et favoriser des modifications cellulaires susceptibles, dans certains cas, d’évoluer vers un **cancer de l’estomac**.

Les cancers gastriques associés à *H. pylori* sont particulièrement fréquents en **Asie de l’Est**, où environ 80 % de la population serait porteuse de la bactérie. Cette situation s’explique notamment par la présence d’une souche particulièrement virulente, appelée **CagA**, largement présente dans la région.

Les habitudes alimentaires peuvent également jouer un rôle. Les régimes traditionnellement riches en aliments salés, marinés ou fumés peuvent fragiliser la muqueuse protectrice de l’estomac et favoriser les processus inflammatoires susceptibles de contribuer au développement d’un cancer gastrique.

### Une infection traitable, mais souvent silencieuse

Une infection à *H. pylori* peut être **traitée par des antibiotiques**. Le problème est que ses symptômes peuvent ressembler à ceux de nombreux autres troubles digestifs et qu’il est souvent difficile de l’identifier sans effectuer de test spécifique.

L’infection peut ainsi passer inaperçue pendant des années, permettant à l’inflammation et aux lésions de progresser progressivement.

Des pays comme le **Japon et la Corée du Sud** ont mis en place des programmes de dépistage afin de réduire la prévalence de la bactérie et, à terme, le nombre de cancers qui lui sont associés.

En Corée du Sud, par exemple, la proportion de personnes porteuses de *H. pylori* serait passée de **54 % à 44 % au cours de la dernière décennie**.

Almost half of infection-linked cancers were caused by H. pylori, a bacterium that infects the stomach Almost half of infection-linked cancers were caused by H. pylori, a bacterium that infects the stomach

### Un vaccin contre H. pylori encore loin d’être disponible

Plusieurs candidats-vaccins contre *H. pylori* font actuellement l’objet d’essais cliniques ou précliniques. Toutefois, leur éventuelle mise à disposition pourrait encore prendre plusieurs années, voire plusieurs décennies.

L’un des obstacles tient notamment au fait que l’infection touche particulièrement les pays à faibles revenus, où l’achat de vaccins à grande échelle représente un marché moins attractif pour les laboratoires pharmaceutiques.

### Cinq agents infectieux responsables de la grande majorité des autres cas

Quatre autres agents infectieux sont responsables de la quasi-totalité des **1,5 million de cancers liés à des infections** qui ne sont pas associés à *H. pylori* : le **papillomavirus humain (HPV)**, les virus des **hépatites B et C** et le **virus d’Epstein-Barr**.

Les hépatites B et C constituent ensemble les principales causes infectieuses du **cancer du foie** dans le monde.

Ces virus peuvent être transmis par contact avec du sang contaminé, notamment de la mère à l’enfant lors de l’accouchement, lors de rapports sexuels, par le partage de seringues ou encore en raison d’une stérilisation insuffisante du matériel médical.

Là encore, des moyens de prévention ou de traitement existent.

Un **vaccin efficace contre l’hépatite B** est disponible, tandis que **l’hépatite C peut aujourd’hui être guérie** lorsqu’elle est détectée et correctement traitée.

Ces infections restent particulièrement fréquentes dans certaines régions d’Afrique et d’Asie, où l’accès à la vaccination, au dépistage et aux traitements demeure insuffisant.

### Le papillomavirus, principale cause infectieuse du cancer du col de l’utérus

Les souches à haut risque du **papillomavirus humain (HPV)** constituent la principale cause du **cancer du col de l’utérus** dans le monde.

En Afrique, la maladie entraîne chaque année environ **76 000 décès chez les femmes**, selon les données citées dans l’étude.

Pourtant, le cancer du col de l’utérus fait partie des cancers qui peuvent être largement prévenus grâce à la vaccination et au dépistage.

La **vaccination contre le HPV pendant l’enfance ou l’adolescence** s’est révélée très efficace pour réduire le risque d’infection par les principales souches responsables de cancers.

Au Royaume-Uni, les programmes de vaccination ont notamment permis de faire fortement reculer les cancers du col de l’utérus liés aux infections par le HPV.

Mais la couverture vaccinale reste très inégale à travers le monde, notamment en Afrique et dans certaines régions d’Asie du Sud.

Le dépistage est lui aussi largement insuffisant. En **Afrique subsaharienne, seules environ 6 % des femmes éligibles au dépistage du cancer du col de l’utérus** en bénéficient effectivement.

Les chercheurs évoquent plusieurs facteurs pour expliquer cette situation : des systèmes de santé fragiles, le manque de ressources et certains obstacles culturels qui peuvent empêcher les femmes d’accéder aux soins liés à leur santé sexuelle.

### Des outils efficaces, mais encore sous-utilisés

Les auteurs de l’étude soulignent que nombre de ces interventions sont **rentables sur le plan de la santé publique**, mais restent insuffisamment utilisées dans de nombreux pays en raison d’obstacles sociaux, financiers et politiques.

« Ces résultats soulignent le rôle majeur que peut jouer la lutte contre les infections dans la réduction du fardeau mondial du cancer », estime **Harriet Rumgay**, chercheuse au sein de la branche Surveillance du cancer du CIRC et coautrice de l’étude.

L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à développer de nouveaux traitements contre le cancer. Dans certains cas, **prévenir ou traiter une infection avant qu’elle ne provoque des modifications cellulaires irréversibles pourrait permettre d’éviter l’apparition même de la maladie**.

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