Politique

Dette française : le scénario d’un sauvetage européen à 1 800 milliards d’euros

**Selon un analyste financier, une fermeture prolongée des marchés aux emprunteurs publics français pourrait contraindre l’Union européenne à mettre en place un mécanisme de soutien sans précédent. Une telle intervention dépasserait largement les capacités actuelles des dispositifs de sauvetage de la zone euro.**

Les engagements financiers du secteur public français pourraient, dans un scénario de crise extrême, provoquer une onde de choc susceptible de menacer la stabilité de l’ensemble de l’Union européenne. C’est l’avertissement lancé par Bob Lyddon, consultant spécialisé en fiscalité, qui estime que Bruxelles pourrait être contraint d’intervenir à une échelle inédite pour éviter une déstabilisation financière majeure.

Selon ses calculs, la France aurait besoin de 1 800 milliards d’euros sur deux ans si les emprunteurs du secteur public français perdaient leur accès aux marchés financiers. Les dirigeants européens devraient alors envisager une opération de soutien d’une ampleur exceptionnelle.

## Des engagements publics estimés à 169 % du PIB

Bob Lyddon estime que l’ensemble des engagements du secteur public français, comprenant la dette et les engagements éventuels, représentait 169 % du produit intérieur brut (PIB) du pays.

« Le total, qui comprend les dettes et les engagements éventuels, représente 169 % du PIB français », affirme-t-il.

Cette estimation repose sur des données de fin 2021 et sur la méthodologie utilisée dans son ouvrage publié en 2023, consacré aux engagements financiers moins visibles des États membres de l’Union européenne.

Son analyse intervient alors que les responsables européens doivent tenir compte du risque qu’un choc financier touchant l’une des principales économies de l’Union se propage à l’ensemble du bloc.

L’hypothèse retenue par l’analyste est particulièrement sévère : les emprunteurs publics français seraient privés d’accès aux marchés financiers pendant au moins deux ans.

« Pendant cette période, toutes les échéances de dette devraient être refinancées, tandis que le déficit budgétaire national devrait également être financé chaque année », explique-t-il.

## Près de 900 milliards d’euros à financer chaque année

En supposant que la durée de vie moyenne de la dette française soit de sept ans, Bob Lyddon estime que 702 milliards d’euros devraient être refinancés chaque année.

À cette somme s’ajouterait le déficit budgétaire de l’État, évalué à 185 milliards d’euros par an sur la base d’un déficit représentant 5 % d’un PIB de 3 700 milliards d’euros.

Le besoin total de financement atteindrait ainsi 887 milliards d’euros par an, soit près de 1 800 milliards d’euros sur deux ans.

Pour l’analyste, cette estimation constitue un minimum.

« Ce montant doit être considéré comme un plancher, car la période pendant laquelle la France pourrait être privée d’un accès direct aux marchés des capitaux pourrait être plus longue, tandis que le déficit total du secteur public pourrait dépasser les 5 % du PIB retenus pour l’administration centrale », prévient-il.

## Les mécanismes de sauvetage européens seraient-ils suffisants ?

L’ampleur du financement envisagé dépasserait largement les moyens disponibles dans le cadre des mécanismes actuels de soutien de la zone euro.

« Le Mécanisme européen de stabilité est très loin de disposer d’une capacité financière suffisante pour couvrir un tel montant », estime Bob Lyddon.

Il considère également que le dispositif de protection de la transmission de la Banque centrale européenne (BCE), connu sous le nom de *Transmission Protection Instrument*, ne constituerait pas une réponse adaptée. Bien que cet instrument ne soit pas soumis à une limite quantitative prédéfinie, il poursuit des objectifs différents.

Face à une telle situation, l’Union européenne pourrait, selon lui, devoir emprunter elle-même la totalité des sommes nécessaires, les États membres étant collectivement exposés aux engagements financiers de l’Union.

« La solution consisterait à emprunter la totalité du montant au nom de l’Union européenne elle-même, dont tous les États membres sont conjointement et solidairement responsables des dettes », avance-t-il.

## Un précédent : le programme européen de relance

Pour étayer sa proposition, Bob Lyddon cite le programme de relance mis en place à la suite de la pandémie de Covid-19, connu sous le nom de NextGenerationEU.

Ce dispositif avait permis à l’Union européenne de lever des fonds sur les marchés afin de financer des mesures de relance économique dans les États membres.

Dans le scénario envisagé par l’analyste, l’Union pourrait acheter pour 2 000 milliards d’euros d’obligations émises par le secteur public français sur une période de deux à trois ans. Cette intervention permettrait à la France de bénéficier d’un soutien financier européen sans être officiellement placée sous un programme de sauvetage.

« C’est la seule solution envisageable, car l’Union européenne et la zone euro ne peuvent tout simplement pas prendre le risque de voir la France, l’un des deux piliers de l’Union, être officiellement considérée comme un pays placé sous assistance financière. Cela ferait s’effondrer le projet européen », affirme-t-il.

Cette proposition reste toutefois un scénario avancé par l’analyste, et non un plan de sauvetage officiellement adopté par les institutions européennes.

## Un risque de contagion à l’ensemble de l’économie européenne

Les conséquences d’une telle crise pourraient, selon Bob Lyddon, dépasser largement les frontières françaises.

Une dégradation de la situation financière de l’Union pourrait entraîner une baisse de la notation de crédit de ses institutions et fragiliser la perception de ses obligations comme actifs sûrs. Les banques européennes pourraient également subir les conséquences de cette instabilité et se retrouver insuffisamment capitalisées.

L’analyste évoque même des répercussions à l’échelle internationale.

« Cela pourrait plonger le monde occidental dans une profonde récession, encourager la Russie à multiplier les aventures militaires et accentuer les divisions avec les États-Unis », avertit-il.

Ces conséquences dépendent toutefois de l’ampleur de la crise envisagée et ne constituent pas des effets établis.

## Les autres États membres pourraient être mis à contribution

Un mécanisme de soutien financé par des emprunts européens ferait peser des risques sur les autres États membres. Leur exposition dépendrait notamment de la capacité de la France à redresser son économie et à honorer ses engagements financiers.

« Les autres États membres de l’Union devront accepter la logique du mécanisme auquel ils ont participé et reconnaître qu’ils dépendent du redressement de l’économie française », estime Bob Lyddon.

Son analyse décrit ainsi un scénario de crise dans lequel la France perdrait durablement l’accès aux marchés financiers, obligeant l’Union européenne à envisager une intervention exceptionnelle pour préserver la stabilité de son système financier.

Elle ne signifie pas que la France aura nécessairement besoin d’un plan de sauvetage. Elle souligne néanmoins les risques systémiques qu’une crise de financement touchant une économie de cette importance pourrait faire peser sur l’ensemble de l’Union européenne.

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