Apparemment, Donald Trump aime prononcer son prénom avec un accent français. « Na-tah-lee ! » lance le président, sur ce ton affecté, faussement cérémonieux, que l’on pourrait employer avec quelqu’un que l’on aime sans pour autant lui accorder beaucoup de respect. Et Natalie Harp accourt, perchée sur ses talons, ses jambes fines semblant à peine capables de la porter.
Natalie Harp, 35 ans, est l’« assistante exécutive » de Trump. Elle est devenue un personnage récurrent, pour le moins étrange, dans le dernier ouvrage à succès consacré à l’administration Trump, *Regime Change*, écrit par les journalistes du *New York Times* Maggie Haberman et Jonathan Swan.
Dans le livre, Harp apparaît comme une sentinelle silencieuse, omniprésente mais étrangement muette, tandis que Trump fulmine et s’emporte. Il est difficile de savoir précisément quelles sont ses responsabilités. Mais comme l’a souligné Jamelle Bouie, le fait qu’elle participe apparemment à la gestion des comptes de réseaux sociaux du président — des comptes susceptibles d’influencer les marchés et les dirigeants étrangers — suffit à faire d’elle l’une des personnes les plus puissantes de l’administration fédérale.
Pourtant, l’importance de son rôle semble rarement aller de pair avec l’image qu’elle renvoie. Elle a notamment été filmée un jour en train de courir à travers un terrain de golf pour rattraper la voiturette qui emportait le président vers le trou suivant.
Pendant un temps, les collaborateurs de Trump l’avaient surnommée la « femme-imprimante », en référence à l’imprimante portable qu’elle transporte avec elle. Une grande partie de son travail semble consister à rechercher en ligne les articles et commentaires sur les réseaux sociaux les plus flatteurs pour le président, puis à les imprimer afin d’entretenir son estime de lui-même.
Mais à la lecture du travail de Haberman et Swan, il n’était pas toujours évident de savoir ce que Harp pensait réellement. De nombreux proches de Trump sont clairement identifiables comme sources anonymes dans leur livre. Harp, elle, ne semble pas en faire partie.
### Des lettres qui en disent long
Récemment, cependant, davantage de propos attribués directement à Harp ont fait surface. Le *Daily Beast* a publié le texte intégral de deux lettres qu’elle avait adressées à Trump, dont l’existence avait déjà été révélée par Haberman et Swan.
Le contenu est pour le moins troublant. Harp y exprime une admiration débordante, servile, presque une forme de vénération. « Tu es tout ce qui compte pour moi », écrit-elle à Trump. Elle le décrit également comme son « Gardien et Protecteur dans cette vie », avec les majuscules présentes dans l’original.
On sait depuis longtemps que Trump accorde une grande importance à la loyauté de ses collaborateurs. Il recherche les commentaires qui le flattent et s’entoure, particulièrement depuis le début de son second mandat, de personnes peu susceptibles de lui dire ce qu’il n’a pas envie d’entendre.
Mais le spectacle de la déférence de Harp — cette apparente volonté de s’abaisser devant un homme de 80 ans dont la vulgarité, la misogynie, le racisme, le narcissisme et l’impulsivité ont profondément marqué les États-Unis — reste troublant, voire grotesque.
Et pourtant, le cas de Harp n’est peut-être pas le plus inquiétant. Ce qui devrait davantage nous interpeller, c’est la quasi-certitude qu’il existe d’autres personnes comme elle : des collaborateurs de la Maison-Blanche, des fonctionnaires fédéraux et de petits rouages de la machine MAGA qui ont fait de la flatterie envers Trump une part essentielle, voire l’intégralité, de leur fonction.
La plupart des Américains n’auraient probablement jamais entendu parler de Natalie Harp sans Jon Ossoff, le sénateur démocrate de Géorgie candidat à sa réélection et que beaucoup soupçonnent de réfléchir à une éventuelle candidature présidentielle.
Lors d’un meeting à Atlanta, Ossoff a lancé une pique particulièrement ciblée contre Trump. Le président, a-t-il déclaré, ne voudrait pas réellement exercer la fonction présidentielle ; il voudrait plutôt « construire sa salle de bal et voyager avec Natalie ».
Soyons sérieux : il faudrait être naïf pour croire que cette phrase n’était pas destinée à susciter des insinuations salaces sur la nature de la relation entre Trump et Harp, voire des spéculations sur une éventuelle relation sexuelle.
La formulation d’Ossoff lui permettait de conserver une porte de sortie : il pouvait toujours nier avoir voulu suggérer quoi que ce soit. Mais je pense qu’il savait parfaitement ce qu’il faisait.
Pendant sa campagne, Ossoff s’est présenté comme un homme déterminé, résolu, animé par une ambition morale et politique — un héritier de Barack Obama. Mais avec cette remarque, il s’est nettement éloigné du célèbre principe de Michelle Obama : « Quand ils s’abaissent, nous nous élevons. »
Cette formule est depuis longtemps devenue un véritable credo pour les démocrates qui, à l’époque Trump, ont privilégié la dignité à l’efficacité politique.
Ossoff, lui, a choisi de s’abaisser.
### Une provocation qui a fait mouche
Et le plus étonnant, c’est à quel point cela a fonctionné.
La simple évocation de Natalie Harp dans le discours d’Ossoff a déclenché une avalanche d’articles consacrés à la jeune femme. Des journalistes de la Maison-Blanche, presque ravis de pouvoir enfin transformer en sujet d’actualité ce qui n’était jusque-là qu’une présence vaguement inquiétante, se sont emparés de l’histoire.
Interrogée à la télévision sur Harp, Maggie Haberman l’a décrite comme le « doudou » de Trump, voire comme sa « couverture de réconfort », le réduisant ainsi à une figure infantile et dépendante.
Des porte-parole et alliés de Trump ont été envoyés au front pour défendre Harp avec une vigueur et une insistance qui donnaient l’impression que le président lui-même avait été touché au vif.
Ossoff avait manifestement frappé juste.
Au début de l’ascension de Trump, beaucoup d’observateurs politiques s’étaient émerveillés de sa capacité presque unique à imposer son rythme à l’actualité : une déclaration scandaleuse, une provocation absurde, et voilà les journalistes, commentateurs, porte-parole et adversaires pris dans une frénésie de réactions.
Trump fixait le sujet de la conversation. Tout le monde ne faisait plus que lui répondre.
Ossoff a inversé les rôles. Et il a donné l’impression que c’était facile.
### L’accusation de sexisme
Parmi les reproches formulés par les soutiens de Trump figurait celui-ci : en insinuant qu’une relation déplacée pouvait exister entre Trump et Harp, Ossoff aurait fait preuve de sexisme.
À gauche, beaucoup se sont empressés de rejeter cette accusation. Après tout, qui peut sérieusement croire que Donald Trump — l’homme de la célèbre phrase « grab ’em by the pussy » — dirige aujourd’hui un mouvement réellement préoccupé par la dignité des femmes ?
Mais prétendre que la remarque d’Ossoff ne comportait aucune dimension misogyne serait naïf, voire malhonnête.
Si son insinuation était délibérée, il s’est servi du genre de Harp pour mettre en doute son professionnalisme et évoquer l’idée d’un scandale sexuel. Il y a donc bien une forme de misogynie dans cette attaque : celle qui consiste à suggérer qu’une jeune femme ne peut pas être entièrement sérieuse dans ses fonctions.
Que le comportement et l’attitude de Harp puissent eux-mêmes nourrir cette impression davantage que son sexe ne nous oblige pas pour autant à fermer les yeux sur la dimension sexiste de la manœuvre.
### Une provocation condamnable, mais pas comparable
Quelle est donc la portée morale de ce sexisme qu’Ossoff a mobilisé — indirectement, subtilement, mais incontestablement — avec cette phrase ?
Pour ma part, je ne vois aucune équivalence entre la misogynie imposée aux femmes américaines par le régime Trump — ou, plus largement, celle dont Trump lui-même est responsable — et la vulgarité, certes regrettable, de la remarque d’Ossoff.
Ce serait comparer une goutte d’eau à l’océan Pacifique.
Chaque femme, chaque féministe sait qu’il lui est arrivé d’accepter, par nécessité ou par commodité, des choses que l’application la plus rigoureuse de ses principes lui aurait normalement demandé de refuser.
Et je dois l’avouer : la combativité d’Ossoff me rassure davantage que les connotations sexistes de sa remarque ne me dérangent.
Car il existe une réalité sombre de notre monde marqué par les rapports de genre : partout où un homme hétérosexuel se croit exceptionnel, presque divin, il y a souvent, quelque part à proximité, une femme qui semble inexplicablement le croire elle aussi.
Nous devons construire un monde dans lequel cela ne serait plus vrai.
La première étape pourrait être de faire sortir cet homme de la Maison-Blanche.


