Les marchés actions et obligataires ont fortement reculé dans toute l’Europe après les scènes d’émeutes et de pillages qui ont secoué la France au cours du week-end.
Alors que les troubles ont également gagné l’Italie, les marchés ont viré au rouge à Paris et à Milan. Les Bourses de Londres et de Francfort ont elles aussi été touchées par cette vague de défiance des investisseurs.
L’indice CAC 40 a chuté de 1,5 %, tandis que le FTSE MIB italien a cédé 1,9 %. Au Royaume-Uni, le FTSE 100 a perdu plus de 145 points, soit 1,3 %, au cours de la séance de l’après-midi. En Allemagne, le DAX a reculé de 1,5 %.
Sur le marché obligataire, les coûts d’emprunt de la France à dix ans ont fortement augmenté, passant de 4,78 % vendredi à près de 4,91 %. En Italie, le rendement des obligations d’État à dix ans est passé de 4,48 % à 4,58 %.
Le Royaume-Uni, qui supporte déjà les coûts d’emprunt les plus élevés parmi les pays du G7, n’a pas été épargné par la débâcle obligataire. Le rendement des emprunts d’État britanniques à dix ans, les *gilts*, a grimpé de moins de 5,38 % à près de 5,44 %.
## La livre sterling profite des turbulences sur le continent
Dans ce contexte de tensions, la livre sterling a toutefois bénéficié des difficultés rencontrées par les marchés européens. La devise britannique s’est appréciée jusqu’à frôler 1,19 euro, atteignant son niveau le plus élevé depuis mai de l’année précédente.
Les investisseurs s’inquiétaient déjà de l’ampleur de la dette publique française et de la paralysie politique entourant le projet de budget du gouvernement, qui prévoyait des mesures limitées pour redresser les finances publiques.
À quelques mois d’une échéance électorale susceptible de favoriser l’arrivée au pouvoir de forces politiques radicales, à droite comme à gauche, les perspectives d’un assainissement significatif des comptes publics apparaissent particulièrement incertaines.
Les images de grandes villes françaises en proie aux incendies et aux affrontements violents, sur fond de colère contre la dégradation des services publics et la hausse du coût de la vie, ont accentué la nervosité des marchés.
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, s’est engagé à rétablir l’ordre et a mis en cause des groupes d’extrême gauche dans les violences, survenues après plusieurs semaines de manifestations étudiantes. De son côté, le président Emmanuel Macron a refusé la démission proposée par son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
## Les investisseurs redoutent une aggravation de la crise budgétaire
« Des nuages menaçants s’amoncellent de l’autre côté de la Manche », a estimé Maike Currie, de la société PensionBee, spécialisée dans l’épargne-retraite.
Selon elle, « les troubles politiques et l’incertitude budgétaire en France déstabilisent les marchés obligataires, tandis que la nervosité gagne également les marchés actions européens ».
Elle y voit un rappel clair de l’exigence des investisseurs : les marchés tolèrent difficilement les gouvernements qui ne disposent pas d’un plan crédible pour maîtriser leurs finances publiques.
Neil Wilson, stratégiste en investissement au Royaume-Uni pour Saxo Bank, a également souligné que les troubles actuels illustrent les difficultés auxquelles le gouvernement sera confronté pour mettre en œuvre les restrictions de dépenses nécessaires à la réduction du déficit public.
Dans un contexte marqué par l’instabilité politique, les tensions sociales et l’endettement élevé, les investisseurs restent particulièrement attentifs à la capacité des autorités françaises à rétablir l’ordre tout en présentant une stratégie budgétaire jugée crédible.




