Politique

Dette publique : les finances de la France au cœur de la campagne présidentielle

La dette publique française a atteint un niveau record au cours des deux mandats d’Emmanuel Macron, suscitant l’inquiétude des investisseurs et s’imposant comme l’un des principaux enjeux à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Alors que la France est déjà traversée par de profondes tensions sociales, les candidats qui ambitionnent de succéder à Emmanuel Macron sont soumis à une pression croissante pour expliquer comment ils comptent reprendre le contrôle des finances publiques. La dette représente désormais 119 % du produit intérieur brut (PIB), faisant de la situation budgétaire du pays l’un des thèmes qui devraient dominer la campagne.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui doit présenter jeudi le projet de budget pour 2027, souhaite réduire le déficit en diminuant les dépenses publiques. Cette orientation suscite de nombreuses critiques dans l’ensemble du spectre politique.

Une proposition visant à réduire le poids de la dette fait notamment l’objet d’un examen attentif. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la gauche radicale à la présidentielle, a proposé de supprimer les obligations d’État françaises détenues par la Banque centrale européenne (BCE), afin de dégager des ressources supplémentaires pour les dépenses publiques et l’investissement.

À droite, plusieurs responsables jugent cette proposition irréaliste. Marine Le Pen, figure de l’extrême droite, appelle pour sa part à des réformes destinées à « assainir » les finances publiques.

« Geler cette dette revient à la transformer en dette perpétuelle, c’est-à-dire une dette sans échéance de remboursement et assortie d’un taux d’intérêt faible ou nul », a déclaré Jean-Luc Mélenchon. « La geler revient donc, dans les faits, à l’annuler. »

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, estime que cette proposition constituerait une « violation pure et simple » des traités européens, qui interdisent aux banques centrales de financer directement les gouvernements nationaux.

Christine Lagarde a également averti qu’un gel de la dette pourrait compliquer les futurs emprunts de la France, les créanciers pouvant exiger des conditions de financement extrêmement coûteuses, voire refuser de prêter.

« Ce n’est pas parce que vous répétez quelque chose qui n’a aucun sens — juridiquement, techniquement ou financièrement — que cela devient quelque chose de valable », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse le 10 septembre.

Voici un état des lieux de la dette publique française et de ses conséquences pour la deuxième économie de la zone euro.

## Un niveau d’endettement record

La France demeure une grande puissance industrielle et la septième économie mondiale. Mais à la fin du mois de juin, sa dette publique atteignait 3 596 milliards d’euros, soit environ 4 080 milliards de dollars, l’équivalent de 119 % du PIB, selon les données publiées cette semaine par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

En 2019, avant la pandémie de Covid-19, la dette représentait 97,9 % du PIB.

La France est loin d’être le seul pays à avoir fortement accru son endettement ces dernières années. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique brute de la zone euro représentait 88,9 % du PIB, selon Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne.

La dette française reste toutefois inférieure à celle de la Grèce, qui atteignait 143,5 % du PIB, et de l’Italie, à 138,9 %. Elle est également inférieure à celle des États-Unis, qui s’élevait à 122,6 %.

La comparaison avec les États-Unis doit néanmoins être nuancée : Washington bénéficie de l’avantage considérable d’émettre la principale monnaie de réserve mondiale, ce qui facilite sa capacité à emprunter.

## Pourquoi la France doit-elle emprunter ?

Chaque année, la France adopte un budget. Ses recettes proviennent principalement des impôts et des prélèvements acquittés par les particuliers et les entreprises.

Les dépenses servent notamment à financer les services publics, comme l’éducation, la justice ou la sécurité.

Depuis 50 ans, les dépenses publiques françaises sont supérieures aux recettes, ce qui entraîne un déficit budgétaire. Pour combler cet écart et continuer à financer les services publics, l’État emprunte.

L’accumulation de ces emprunts constitue la dette publique.

Les déficits ont également un coût : lorsque l’État emprunte, les investisseurs peuvent exiger une rémunération plus importante pour prendre en charge le risque associé à leurs prêts.

## D’abord la pandémie, puis la crise énergétique

La dernière fois que la France a présenté un budget à l’équilibre remonte à 1973. Depuis, le pays a conservé un État-providence généreux et un système de protection des travailleurs relativement développé.

Pendant des années, le niveau d’endettement — supérieur à 90 % du PIB annuel depuis 2008 — est resté gérable grâce à une croissance relativement régulière et à des taux d’intérêt proches de zéro.

Puis est arrivée la pandémie de Covid-19, suivie d’une crise énergétique après que la Russie a réduit la majeure partie de ses livraisons de gaz naturel à la suite de son invasion de l’Ukraine en 2022.

Le gouvernement français a alors engagé d’importantes dépenses pour soutenir les entreprises et protéger les ménages contre la hausse des prix de l’énergie.

Dans le même temps, les taux d’intérêt ont fortement augmenté dans le monde entier.

La dette française est ainsi passée de 98 % du PIB en 2019, avant la pandémie, à 114 % en 2020.

## Quel impact de la dette sur le budget français ?

À mesure que la dette publique augmente, le coût de son financement pèse davantage sur les dépenses de l’État.

Le service de la dette représente déjà un poste budgétaire majeur, équivalant à environ 7 % du budget de l’État.

Avec des taux d’intérêt désormais nettement plus élevés, le coût des intérêts devrait atteindre environ 77 milliards d’euros par an. Il s’agit autant de ressources qui ne peuvent pas être consacrées à l’éducation, aux retraites ou au système de santé.

## Des perspectives stables, mais des agences de notation préoccupées

L’agence de notation Scope a abaissé en septembre la note à long terme de la France.

« Une détérioration durable des perspectives budgétaires, caractérisée par une hausse de la dette publique, des déficits budgétaires durablement élevés et des progrès limités en matière de réformes structurelles, est à l’origine de cette dégradation », a expliqué l’agence en septembre.

Malgré l’aggravation du déficit budgétaire et la progression de la dette publique, Fitch Ratings a annoncé en août qu’elle maintenait la note souveraine de la France à « A+ », avec une perspective stable.

« La notation de la France bénéficie de la taille et de la diversification de son économie à revenus élevés, de la solidité de son secteur bancaire et de la diversité de sa base d’investisseurs », a indiqué l’agence.

## Qui détient la dette française ?

Selon le ministère français de l’Économie, la dette publique française est détenue par une grande diversité d’investisseurs.

* **Un quart** est détenu par des investisseurs français.
* **Un quart** est détenu par la Banque de France, dans le cadre des achats réalisés au titre de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.
* **Un quart** est détenu par des investisseurs situés dans la zone euro.
* **Un quart** est détenu par des investisseurs situés en dehors de la zone euro.

Parmi les détenteurs de dette figurent notamment des compagnies d’assurance, des banques, des banques centrales ainsi que des fonds de pension de pays où les retraites reposent largement sur des systèmes de capitalisation.

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