À Hollywood, du moins, les armes spatiales sont un concept relativement simple. Les gentils — du capitaine Kirk et de son équipage dans *Star Trek* aux forces rebelles de Luke Skywalker dans *Star Wars* — affrontent les méchants intergalactiques à coups de lasers multicolores et de canons à faisceaux de particules, avant que ces derniers ne soient éliminés dans un spectaculaire dénouement explosif.
La communication de la Maison-Blanche sur le sujet est, à l’inverse, on ne peut plus vague.
La révélation faite cette semaine par Troy Meink, secrétaire de l’Air Force — selon laquelle les États-Unis ont déployé des armes dans l’espace — n’était accompagnée d’aucun contexte ni détail permettant de comprendre de quoi il s’agit. Les experts s’interrogent donc sur la nature exacte de l’arsenal spatial de Donald Trump et, surtout, sur l’usage que le président américain entend en faire.
« On peut compter sur les doigts d’une main les mots consacrés à cette annonce, et les informations révélées sont tout aussi limitées. Nous ne savons vraiment pas de quelles armes il parlait », a déclaré Clayton Swope, directeur adjoint du projet consacré à la sécurité aérospatiale et chercheur principal au programme de défense et de sécurité du Center for Strategic and International Studies (CSIS).
Selon lui, les États-Unis cherchent un nouvel outil pour dissuader ce qu’ils considèrent comme des comportements préoccupants de la Russie et de la Chine dans l’espace. Révéler l’existence d’armes déjà déployées en orbite pourrait donc constituer un moyen de faire passer ce message.
« Mais le niveau de détail nécessaire pour que cette révélation soit réellement efficace en matière de dissuasion n’est pas là. Il pourrait simplement s’agir d’une première étape, avant que les États-Unis ne donnent davantage d’informations. Si c’est le plan, cela aurait du sens », estime-t-il.
Le véritable objectif de Washington reste toutefois inconnu. Troy Meink a lui-même laissé entendre qu’il ne fallait pas s’attendre à davantage de précisions.
« Parler des détails de ce que nous faisons ne contribuerait pas à la dissuasion. Nous n’allons donc pas communiquer sur la nature précise de nos activités, ni dire si nous avons procédé à des essais ou non », a-t-il déclaré.
## Une militarisation croissante de l’espace
Alors que la Russie et la Chine, considérées comme des puissances rivales par Washington, développent leurs propres programmes et ambitions militaires dans l’espace, Donald Trump accorde une place croissante à la militarisation de l’orbite terrestre.
Durant son premier mandat, il avait créé la Space Force, première nouvelle branche indépendante des forces armées américaines depuis plus de sept décennies.
Le mois dernier, il a également signé un décret prévoyant la création de la première académie spatiale américaine. Cette institution, dont le lieu d’implantation n’a pas encore été annoncé, serait une structure civile et militaire commune inspirée des académies de l’armée et de la marine américaines, notamment West Point et Annapolis.
Cette semaine, le *Military Times* rapportait par ailleurs que la Space Force prévoyait de recruter et former 10 000 nouveaux « Guardians » — le nom donné à ses membres — au cours des cinq prochaines années.
Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées et plus haut gradé de l’armée américaine, a déclaré cette semaine lors de la conférence Air, Space & Cyber du Maryland que les forces armées, Space Force comprise, devaient être « prêtes à combattre, à tenir et à vaincre […] des fonds marins jusqu’à l’espace cislunaire ».
À cela s’ajoutent plusieurs autres initiatives et déclarations ambitieuses de Donald Trump concernant l’espace ces dernières semaines et ces derniers mois. Dans ce contexte, l’annonce de Troy Meink — un responsable civil placé sous l’autorité du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth — peut être interprétée comme un nouvel exemple du rapprochement entre les dimensions traditionnellement distinctes, militaire et civile, de la politique spatiale américaine.
En août, la Maison-Blanche a présenté une nouvelle politique nationale concernant les transports spatiaux. Celle-ci confie notamment à Pete Hegseth, en tant que secrétaire à la Défense, de nouvelles responsabilités et prérogatives qu’il devra exercer avec Jared Isaacman, l’administrateur de la Nasa, pour superviser les lancements spatiaux américains.
Washington s’est fixé un objectif particulièrement ambitieux : plus de 1 000 opérations de lancement et de rentrée atmosphérique d’ici à 2030.
## La Lune comme nouveau terrain de compétition
Donald Trump n’a jamais caché son ambition de voir des astronautes américains devancer la Chine et retourner sur la Lune avant la fin de son mandat, en janvier 2029.
En mars, son administration a présenté des projets prévoyant notamment un investissement de 20 milliards de dollars dans une base lunaire destinée à assurer aux États-Unis une présence permanente sur la surface de la Lune. Un projet dont certains observateurs estiment qu’il relève davantage de l’ambition politique que d’un calendrier réaliste.
Pour certains analystes, l’administration Trump a profondément modifié la manière dont Washington envisage la conquête spatiale et ses objectifs géopolitiques. Les présidents précédents avaient, pendant des décennies, maintenu une distinction relativement nette entre les activités civiles et militaires dans l’espace.
« Depuis la création de la Nasa à la fin des années 1950, les États-Unis avaient une agence spatiale civile chargée de l’exploration, de la science et de la recherche, tandis que le Pentagone s’occupait du domaine militaire », explique Clayton Swope.
« Il semble désormais y avoir une volonté de rapprocher davantage ces deux univers. La création de l’Académie spatiale constitue un nouvel indice montrant qu’aux yeux de cette administration, leurs missions ne sont pas seulement complémentaires : elles sont de plus en plus similaires.
« L’agence spatiale civile et le Pentagone ne se contentent plus de se compléter. Ils semblent désormais poursuivre, pour l’essentiel, la même mission. »
Donald Trump s’est d’ailleurs rapproché du milieu spatial depuis qu’il a finalement choisi Jared Isaacman pour diriger la Nasa. Entrepreneur milliardaire et proche d’Elon Musk, le patron de SpaceX et ancien allié politique du président, Isaacman s’est montré un fervent soutien de Donald Trump dans ses publications sur les réseaux sociaux comme lors de ses apparitions publiques.
Le mois dernier, il décrivait comme une « expérience exceptionnelle » le fait d’avoir accompagné Donald Trump à bord d’Air Force One jusqu’au Johnson Space Center de Houston, où l’annonce de la création de l’académie avait été mise en scène devant plusieurs rangées d’astronautes civils de la Nasa en combinaison bleue.
Dans une autre publication, plus longue, Jared Isaacman a défendu la création d’une académie inspirée du modèle militaire, estimant que les ambitions américaines nécessitaient « une nouvelle génération brillante, formée et préparée à cet environnement ».
Il affirme que, compte tenu de l’importance et de la compétition croissantes autour de l’espace, la création de cette académie est aujourd’hui aussi nécessaire que l’a été celle de la Space Force.
L’argument selon lequel l’académie contribuerait à brouiller la frontière entre les usages pacifiques de l’espace et les activités militaires serait, selon lui, « l’un des arguments les plus faibles » avancés contre le projet. Isaacman rappelle notamment que certaines missions de la Nasa ont par le passé été classifiées ou menées en collaboration avec le département de la Défense, et que les premières fusées de l’agence étaient issues de technologies développées à partir de missiles balistiques militaires.
« La mission de la Nasa est aussi pacifique que patriotique », a-t-il écrit. « Nous explorons au bénéfice de toute l’humanité, mais nous le faisons sous notre drapeau. Cette mission serait impossible sans les Guardians qui surveillent cet environnement pendant que nous progressons toujours plus loin. »
Lori Garver, ancienne administratrice adjointe de la Nasa sous l’administration Biden, estime que l’académie pourrait contribuer positivement à la formation des futurs professionnels du secteur spatial américain. Elle s’inquiète toutefois du rapprochement entre la mission civile et pacifique de la Nasa et les objectifs militaires de la Space Force.
« La charte et le fondement juridique de la Nasa prévoient une agence civile distincte de l’armée », a-t-elle déclaré à *Ars Technica*. « Créer une université préparatoire sur le modèle d’une académie militaire me paraît mal conçu. »
## Le traité de l’espace face à une nouvelle course aux armements
D’autres experts estiment qu’il devient difficile, voire impossible, pour les États-Unis de rester pleinement attachés au traité de l’espace de 1967, qui prévoit notamment que l’espace doit être utilisé à des fins pacifiques et interdit sa militarisation dans certaines conditions, alors que plusieurs puissances semblent s’en affranchir.
En 2024, les services de renseignement américains avaient indiqué surveiller le développement par la Russie d’une nouvelle arme spatiale capable de détruire des satellites en orbite autour de la Terre.
Le lieutenant-général Gregory Gagnon, qui dirige le commandement des forces de combat de la Space Force, a déclaré lors de la conférence du Maryland que la Chine menait « activement des activités dans le système, dans certaines parties de l’espace », ce que Pékin a démenti.
Un document de la Space Force consacré aux menaces indique que la Russie et la Chine « testent et déploient des capacités sophistiquées de contre-espace » destinées à perturber ou dégrader les capacités américaines reposant sur des systèmes spatiaux.
Pour Clayton Swope, ancien membre de la direction scientifique et technologique de la CIA pendant plus d’une décennie, c’est précisément cette déclaration américaine sur le déploiement de ses propres armes spatiales qui est la plus significative, davantage encore que l’absence de détails.
« C’est cette idée de supériorité spatiale : “Je veux pouvoir utiliser l’espace, et je ne veux pas que mon adversaire puisse le faire”. C’est là que nous en sommes aujourd’hui », explique-t-il.
Il reste toutefois difficile de savoir si cette annonce traduit une accélération de la course aux armements dans l’espace.
« Est-ce que davantage de choses sont en train de se produire dans l’espace ? Je ne pense pas que cette annonce le détermine, ni même qu’elle accélère le phénomène. Elle pourrait simplement montrer que les États-Unis ont pris conscience de cette évolution, sans que nous le sachions réellement, parce que ces activités ne sont pas publiques. »
Reste enfin la question de la nature de ces armes.
« Les États-Unis ont déjà évoqué des systèmes opérant dans le spectre électromagnétique, capables de brouiller ou de perturber les signaux radio. C’est ce que nous savons publiquement de leur arsenal de contre-espace », précise Swope.
Mais derrière ces développements technologiques se profile un risque plus large, estime-t-il.
« La guerre est terrible, qu’elle se déroule sur Terre ou en orbite. Nous devons peut-être réfléchir non seulement à la manière de limiter certains types d’armes, mais aussi à la façon dont nous pouvons éviter, de manière générale, une telle évolution.
On ne peut pas simplement entrer dans une prétendue “guerre spatiale” en espérant qu’elle ne soit pas destructrice. »

![Un juge fédéral déclare inconstitutionnelle l'interdiction des chargeurs d'armes à feu 2 Les chargeurs de grande capacité resteront légaux en Californie suite à la décision d'un juge vendredi, citant un cambriolage au cours duquel une femme avait utilisé les balles supplémentaires dans son arme pour tuer un agresseur et deux autres femmes sans munitions supplémentaires avaient manqué de balles. Les chargeurs d'armes à feu sont toujours légaux en Californie Un juge du sud de la Californie a annulé vendredi une loi californienne sur le contrôle des armes à feu que le gouverneur Gavin Newsom avait défendue il y a trois ans, estimant que l'interdiction des chargeurs à grande capacité était inconstitutionnelle. "Les droits individuels et la liberté ne sont pas des concepts démodés", a écrit Roger Benitez, un juge de district de San Diego. Il a qualifié la loi qui aurait interdit de posséder des chargeurs contenant plus de 10 balles d'inconstitutionnelle. Dans une décision sensationnelle de 86 pages - qui s'ouvre sur trois vignettes sanglantes relatant de véritables cambriolages avec effraction et saluant les bienfaits des balles à notre disposition - Benitez écrit moins comme un juge que comme un pamphlétaire du lobby des armes à feu. Dans sa décision, Benitez détaille plusieurs récits de personnes se défendant contre des effractions qui se retrouvent à court de munitions en tirant sur les malfaiteurs. Il laisse entendre qu'elle auraient pu bénéficier de chargeurs de grande capacité. Il déclare également qu’en 2017 seulement, "39 millions d’habitants de la Californie ont été victimes de 56 609 vols, 105 391 voies de fait graves et 95 942 cambriolages résidentiels. En outre, 423 homicides ont été commis dans les résidences des victimes". “L’interdiction des chargeurs choisit arbitrairement 10 balles comme capacité de chargeur dont la possession est illégale. […] L’interdiction des chargeurs de plus de 10 balles équivaut à l’interdiction de toute une catégorie "d’armes" choisies en très grande majorité par des citoyens américains dans un but légitime de légitime défense", explique-t-il. Benitez souligne que l'objectif déclaré de l'interdiction des chargeurs de grande capacité - réduire la létalité des fusillades de masse - est lié à un petit sous-ensemble de crimes "extrêmement rares" : des cas dans lesquels la nécessité de changer de chargeur crée une "pause critique" au cours de laquelle l'auteur des faits pourrait être maîtrisé ou ses victimes pourraient s'échapper. Les utilisations défensives des armes à feu sont beaucoup plus courantes et, au début du texte de sa décision, Benitez décrit plusieurs cas dans lesquels avoir eu plus de 10 balles aurait pu constituer une différence cruciale. "Du point de vue d'une victime qui tente de défendre son domicile et sa famille", explique-t-il, "le temps nécessaire pour recharger une arme après le dixième coup pourrait être qualifié de "pause mortelle", car il faut généralement beaucoup plus de temps à la victime pour re-charger (quand elle y arrive) qu’à celui qui planifie une attaque." La NRA soutient totalement la décision La loi californienne interdit d'acheter ou de vendre de tels chargeurs depuis 2000, mais ceux qui en avaient auparavant ont été autorisés à les conserver. La National Rifle Association (NRA), qui a soutenu le procès, a salué cette décision comme une "grande victoire pour les propriétaires d'armes à feu".](https://rapportjournalier.com/wp-content/uploads/2019/04/Un-juge-fédéral-déclare-inconstitutionnelle-linterdiction-des-chargeurs-darmes-à-feu.jpg)


