Politique

La Suisse appelée à se prononcer sur un durcissement de sa neutralité et ses relations avec l’OTAN

**Les Suisses voteront le 27 septembre sur une initiative visant à inscrire une conception beaucoup plus stricte de la neutralité dans la Constitution. Le texte limiterait notamment la coopération militaire avec l’OTAN et encadrerait fortement la possibilité pour Berne d’adopter des sanctions internationales. Une campagne soutenue par Moscou défend cette évolution au nom de la paix et du non-alignement.**

La Suisse s’apprête à organiser un référendum qui pourrait redéfinir en profondeur sa politique de neutralité. Les électeurs devront se prononcer le 27 septembre sur une proposition visant à empêcher le pays de rejoindre ou de coopérer avec des alliances militaires ou de défense, sauf en cas d’attaque.

Le texte prévoit également que la Suisse ne puisse participer à des régimes de sanctions qu’après leur approbation par les Nations unies.

La campagne en faveur de cette réforme s’est déployée dans plusieurs villes suisses avec des affiches représentant notamment des colombes de la paix et appelant les citoyens à dire « non à la guerre » et « oui à la neutralité ».

Cette campagne a reçu le soutien de Moscou, ce qui alimente les inquiétudes de ceux qui redoutent qu’un durcissement de la neutralité n’isole davantage la Suisse de ses voisins européens.

## Une initiative qui divise

Les premiers sondages donnent toutefois les opposants au projet largement en tête. Une enquête récente faisait état de **62 % d’intentions de vote contre le texte, contre 36 % en sa faveur**.

Mais l’écart pourrait se réduire à l’approche du scrutin. Selon le politologue et sondeur Fabio Wasserfallen, les partisans du changement disposent notamment de moyens financiers supérieurs à ceux de leurs adversaires pour mener campagne.

La question touche à l’un des fondements historiques de l’identité politique suisse. La neutralité du pays est reconnue internationalement depuis 1815 et est inscrite dans la Constitution depuis 1848. Elle a notamment permis à la Suisse de rester à l’écart des deux guerres mondiales.

Pour Christoph Blocher, figure historique de la droite conservatrice suisse et membre influent de l’Union démocratique du centre (UDC), cette neutralité est aujourd’hui fragilisée.

La Suisse a adopté des sanctions contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022, une décision qui, selon M. Blocher, a contribué à faire considérer Berne comme une partie prenante au conflit par Moscou.

« Une troisième guerre mondiale n’est peut-être plus très loin. Il sera alors important de savoir si nous sommes réellement et crédiblement neutres », a-t-il déclaré.

## Moscou s’invite dans le débat

La Russie suit de près les débats en Suisse. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a notamment critiqué Berne pour avoir aligné certaines de ses sanctions sur celles de l’Union européenne.

« En termes juridiques, une neutralité flexible ne signifie aucune neutralité », a-t-elle déclaré dans une publication sur les réseaux sociaux.

Mme Zakharova fait elle-même l’objet de sanctions suisses.

L’initiative prévoit que la Constitution interdise à la Suisse d’adhérer à une alliance militaire ou de défense, ou de coopérer avec celle-ci, sauf si le pays est attaqué. Elle limiterait également la participation de Berne aux sanctions internationales, en la conditionnant à une décision du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le gouvernement suisse et la plupart des partis politiques, à l’exception de l’UDC, s’opposent au projet.

## Berne met en garde contre un risque pour la sécurité

Le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, estime que l’adoption de cette nouvelle définition de la neutralité affaiblirait la sécurité du pays.

Elle empêcherait notamment la Suisse de poursuivre certaines formes de coopération et d’entraînement avec l’OTAN.

« Nous ne pourrions plus que condamner verbalement certaines situations sans prendre de mesures concrètes. Cela poserait certainement un problème majeur avec nos voisins », a déclaré M. Cassis lors d’une conférence de presse.

Les juristes du gouvernement défendent également le maintien du cadre actuel. Selon eux, rien ne justifie de modifier une formule qui, jusqu’à présent, a permis à la Suisse de préserver sa neutralité tout en conservant une certaine marge de manœuvre diplomatique.

Franz Perrez, responsable du droit international au ministère suisse des Affaires étrangères, estime que la neutralité du pays est déjà clairement définie et reconnue sur la scène internationale.

« Mettre en œuvre ces mesures ne rendrait pas la Suisse plus neutre », affirme-t-il.

## « La neutralité n’est pas un dogme »

Laurent Goetschel, politologue à l’Université de Bâle, estime que les slogans de la campagne — « Non à la guerre, oui à la neutralité » — peuvent séduire une partie de l’électorat, notamment les citoyens qui ne connaissent pas nécessairement les mécanismes concrets de la neutralité suisse.

Selon lui, inscrire des règles aussi rigides dans la Constitution pourrait réduire la marge de manœuvre du gouvernement face à des crises internationales imprévisibles.

« La neutralité n’est pas un dogme », explique-t-il. « Il est logique que la Suisse reste neutre, mais la manière dont elle applique cette neutralité devrait relever de la décision du gouvernement et non être figée dans la Constitution. »

Le vote du **27 septembre** constituera ainsi un test majeur pour la politique étrangère suisse. Au-delà de la question des relations avec l’OTAN et des sanctions contre la Russie, le scrutin posera une question plus fondamentale : jusqu’où la Suisse entend-elle aller pour préserver une conception stricte de sa neutralité dans un environnement européen marqué par la guerre en Ukraine et le retour des tensions géopolitiques ?

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