Politique

Les missiles houthis capables de faire réfléchir Donald Trump à deux fois

**La frappe meurtrière contre l’aéroport international de Riyad illustre la montée en puissance militaire des rebelles yéménites. Face à des missiles de plus en plus sophistiqués et à des stocks américains de munitions qui auraient été fortement entamés, Washington pourrait hésiter avant d’ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient.**

C’est une attaque qui pourrait marquer une nouvelle escalade dans la guerre menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles houthis du Yémen.

Alors que des voyageurs traversaient un terminal de l’aéroport international King Khalid de Riyad, un missile de longue portée, réputé pour sa précision, a frappé le bâtiment.

Dans les heures qui ont suivi, le terminal était recouvert de poussière. Des passagers hébétés déambulaient au milieu des décombres, tandis que les secours tentaient de faire face aux conséquences de l’explosion.

Ils ont eu de la chance : l’attaque menée samedi a fait 13 morts, ce qui en ferait la frappe de ce type la plus meurtrière depuis mars 2015.

Donald Trump a désormais laissé entendre qu’il pourrait ordonner des frappes contre les territoires yéménites contrôlés par les Houthis, en représailles à cette attaque. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite l’a qualifiée de « crime de guerre caractérisé ».

À Washington, toutefois, les conseillers du président américain devront mesurer soigneusement les risques avant de se lancer dans un nouveau conflit contre un adversaire que ses ennemis ont, à plusieurs reprises, sous-estimé.

## Des rebelles longtemps sous-estimés

Autrefois réduits à l’image de combattants « terroristes en tongs », les Houthis ont méthodiquement renforcé leur arsenal militaire. Depuis 2023, leur implication dans la guerre entre Israël et le Hamas, notamment à travers des attaques de missiles contre des navires commerciaux, a contribué à les placer au centre des tensions régionales.

Les missiles nord-coréens rudimentaires auxquels ils étaient autrefois associés ne résument plus, à eux seuls, leurs capacités militaires. Les rebelles affirment désormais disposer de leur propre missile hypersonique, baptisé Palestine-2, présenté comme particulièrement précis et capable d’atteindre une vitesse équivalente à 16 fois celle du son.

Il n’était toutefois pas immédiatement établi, dimanche, que ce missile avait été utilisé contre l’aéroport de Riyad. Pour les spécialistes, la frappe témoigne néanmoins de capacités balistiques qui méritent une attention particulière.

Depuis mars 2015, l’Arabie saoudite mène une guerre contre les Houthis. Les autorités saoudiennes n’ont pas précisé pourquoi leurs systèmes de défense aérienne n’avaient pas réussi à intercepter le missile qui a frappé l’aéroport.

The failure of Saudi missile defences has raised suspicions that the Houthis now possess more sophisticated weaponryThe failure of Saudi missile defences has raised suspicions that the Houthis now possess more sophisticated weaponry

Pour certains experts militaires, l’explication pourrait tenir moins à une faiblesse générale des défenses saoudiennes qu’à l’évolution technologique des missiles utilisés par les rebelles.

« Nous ne savons pas quelle proportion des missiles l’Arabie saoudite parvient à intercepter, mais certains atteignent manifestement leurs cibles. Cela soulève des questions sur la tête militaire utilisée par les Houthis », explique Danny Citrinowicz, spécialiste de l’Iran à l’Institut israélien d’études de sécurité nationale (INSS) et ancien responsable du renseignement militaire israélien.

Il évoque également une possible assistance technique iranienne.

« Nous avons reçu des informations faisant état d’un partage d’expertise entre l’Iran et les Houthis, fondé sur l’expérience acquise lors des récents conflits avec les États-Unis et Israël. Il est possible que certaines modifications aient été apportées aux missiles afin de les rendre plus difficiles à intercepter », estime-t-il.

Si cette hypothèse se confirmait, elle soulignerait la difficulté croissante de protéger les infrastructures stratégiques contre des armes balistiques dont les performances évoluent rapidement.

## Washington peut-il se permettre un nouveau conflit ?

Pour Donald Trump, la question ne se limite pas à l’opportunité de lancer une nouvelle campagne militaire. Elle concerne également la capacité des forces américaines à soutenir une telle opération tout en protégeant leurs propres installations dans la région.

La semaine précédente, le président américain aurait reconnu que les stocks de missiles et de systèmes de défense aérienne des États-Unis étaient en diminution, après avoir été fortement sollicités lors du conflit contre l’Iran.

En août, l’agence Reuters rapportait, en citant trois sources, que les États-Unis avaient consommé la quasi-totalité de leurs missiles à longue portée à la suite de cette guerre.

La disponibilité des systèmes de défense aérienne constitue un enjeu majeur. Une offensive américaine de grande ampleur contre les Houthis pourrait provoquer des représailles contre les forces américaines stationnées en Jordanie ou aux Émirats arabes unis.

La question devient alors plus complexe : Donald Trump souhaite-t-il ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient ? Et surtout, disposerait-il des moyens nécessaires pour le faire sans exposer davantage ses troupes et ses installations militaires ?

## Le risque d’un nouvel engrenage régional

Un autre facteur pourrait inciter Washington à la prudence : les conséquences imprévues d’une intervention militaire.

La décision de Donald Trump de frapper l’Iran, allié régional majeur des Houthis, illustre les risques d’une escalade dont les effets dépassent les objectifs initiaux.

Selon le scénario décrit dans l’article, lorsque le président américain a ordonné des frappes contre la République islamique en février, son administration n’aurait pas anticipé la réaction iranienne consistant à bloquer le détroit stratégique d’Ormuz, passage essentiel pour le commerce maritime mondial et les exportations d’hydrocarbures.

Les perturbations qui en ont résulté continueraient d’affecter l’économie mondiale. La hausse des prix de l’énergie pèserait notamment sur les consommateurs américains et sur la popularité du président à l’approche des élections de mi-mandat prévues le mois suivant.

Une nouvelle campagne militaire contre les Houthis risquerait ainsi de provoquer une réaction en chaîne, avec des répercussions potentielles sur les approvisionnements énergétiques, les marchés et la stabilité régionale.

Supporters of the Houthis brandish their weapons during a protest against Saudi intervention in Yemen on FridaySupporters of the Houthis brandish their weapons during a protest against Saudi intervention in Yemen on Friday

## Les Houthis, un élément de la stratégie iranienne

Pour Bridget Toomey, spécialiste des Houthis à la Foundation for Defense of Democracies, un groupe de réflexion américain consacré aux questions de sécurité, les États-Unis sont déjà, dans une certaine mesure, engagés dans un affrontement avec la milice yéménite.

« Le Yémen ne constitue pas un conflit isolé. Les Houthis s’inscrivent dans la stratégie régionale de l’Iran, et Washington ne peut pas l’ignorer », explique-t-elle.

Cette analyse renvoie au réseau de groupes armés soutenus par Téhéran dans la région, parmi lesquels le Hamas dans la bande de Gaza et le Hezbollah au Liban. Les relations entre l’Iran et ces organisations diffèrent toutefois selon les groupes et les contextes.

Dans cette perspective, une confrontation avec les Houthis ne serait pas seulement une opération contre une milice locale. Elle pourrait également s’inscrire dans une rivalité régionale plus large entre Washington et Téhéran.

Reste à savoir jusqu’où l’administration américaine serait prête à aller.

## Donald Trump face au dilemme militaire

Danny Citrinowicz estime que la Maison-Blanche devrait avancer avec une grande prudence.

« Pour Trump, il est difficile de décider s’il doit intervenir ou non. Une fois engagé, on ne sait pas toujours comment sortir du conflit », observe-t-il.

Selon l’expert, le président américain serait réticent à l’idée d’ouvrir une guerre de grande ampleur contre les Houthis.

« J’ai le sentiment que Trump hésite fortement à déclencher une guerre contre les Houthis. À Washington, certains pourraient considérer qu’il vaut mieux chercher à dialoguer avec eux plutôt que de lancer une confrontation totale. Si les États-Unis intervenaient, ce pourrait être avant tout une opération à forte portée symbolique », estime-t-il.

La frappe contre Riyad met ainsi en lumière un dilemme stratégique pour Washington : répondre à une attaque meurtrière sans s’enfermer dans une nouvelle guerre régionale, alors que les ressources militaires américaines seraient déjà sous pression.

La capacité des Houthis à menacer des infrastructures stratégiques, les risques de représailles contre les forces américaines et les conséquences économiques d’une nouvelle escalade pourraient conduire Donald Trump à reconsidérer le coût d’une intervention.

Dans un Moyen-Orient déjà marqué par de multiples foyers de tension, les missiles houthis pourraient donc peser bien au-delà du champ de bataille yéménite.

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