Les prix du pétrole s’envolent après une attaque revendiquée par les Houthis contre deux pétroliers en mer Rouge

Le prix du pétrole a franchi la barre des **98 dollars le baril**, une première depuis un mois, après que les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont affirmé avoir ciblé mercredi soir deux pétroliers saoudiens.
Le Brent a progressé jusqu’à **4,6 %** jeudi, les marchés redoutant une extension du conflit autour de l’Iran vers un nouvel axe stratégique en mer Rouge, une zone essentielle pour le commerce maritime mondial.
Les Houthis yéménites ont indiqué avoir visé les pétroliers **Encelia** et **Layla**, affirmant que ces navires avaient enfreint leur embargo maritime visant les bâtiments saoudiens transitant par le détroit de **Bab el-Mandeb**.
Ce passage maritime, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien, est devenu un itinéraire stratégique pour contourner le détroit d’Ormuz, considéré comme de plus en plus risqué dans le contexte régional.
L’Arabie saoudite a ainsi redirigé près de **4,7 millions de barils de pétrole par jour** depuis le détroit d’Ormuz vers la mer Rouge grâce à l’oléoduc de Yanbu. Le brut est ensuite acheminé via le canal de Suez ou le détroit de Bab el-Mandeb.
Selon **John Evans**, analyste chez PVM Oil Associates, « ce volume représente environ **75 %** des exportations saoudiennes de brut et de condensats, estimées à **5,29 millions de barils par jour**. L’importance stratégique de Yanbu pour contourner Ormuz ne peut donc être sous-estimée. »
Pour **Jim Reid**, analyste chez Deutsche Bank, ces attaques « alimentent les craintes d’un élargissement du conflit ».
Les autorités saoudiennes chargées des transports maritimes ont confirmé que le pétrolier **Encelia** avait été touché alors qu’il naviguait en mer Rouge. L’impact a provoqué un incendie à l’avant du navire, mais aucun membre de l’équipage n’a été blessé.
Traffic through Bab El-Mandeb has declined sharply as shipping companies heed Houthi threats against Saudi-linked vesselsL’organisme britannique **United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO)** a également indiqué qu’un pétrolier avait été frappé par un projectile à environ **70 milles nautiques** des côtes d’Al Shuqaiq, au nord du détroit de Bab el-Mandeb. En revanche, aucune source indépendante n’a confirmé une attaque contre un second navire.
Près de **15 % du commerce maritime mondial** transite par la mer Rouge, encadrée par deux passages stratégiques : le détroit de Bab el-Mandeb et le canal de Suez.
Depuis le début des tensions avec l’Iran, Riyad s’appuie davantage sur Bab el-Mandeb afin de préserver ses exportations pétrolières en évitant le détroit d’Ormuz.
Après plusieurs mois de relative retenue, les Houthis menacent désormais de perturber ce corridor maritime, à l’image de la pression exercée par Téhéran sur le détroit d’Ormuz.
L’attaque contre des navires saoudiens constitue la première depuis que les rebelles ont annoncé, lundi, la fermeture de cette voie commerciale, en représailles au blocus imposé par Riyad sur les ports et aéroports des territoires qu’ils contrôlent dans le nord-ouest du Yémen.
Dans un communiqué publié sur Telegram, les Houthis ont indiqué avoir mené une « opération militaire spécialisée » à l’aide de drones ainsi que de missiles balistiques et de croisière, affirmant avoir provoqué « d’importants incendies » sur deux pétroliers.
Cette nouvelle escalade intervient une semaine après le bombardement de l’aéroport de Sanaa par l’Arabie saoudite, dans la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, une opération qui aurait reçu l’aval du président américain Donald Trump.
Cette frappe a mis fin à une trêve de quatre ans entre Riyad et les rebelles soutenus par l’Iran, après une décennie de guerre civile ayant fait environ **377 000 morts**, selon les estimations des Nations unies.
Depuis 2022, ce cessez-le-feu, bien qu’informel, avait permis aux Houthis de conserver le contrôle de Sanaa ainsi que d’une large partie du nord-ouest du Yémen.
Les tensions se sont toutefois ravivées le **3 juillet**, lorsqu’un avion iranien a atterri à Sanaa malgré les avertissements de l’aviation saoudienne. Selon plusieurs informations, il devait transporter une délégation vers Téhéran pour les funérailles d’Ali Khamenei.
Saudi Arabia has grown increasingly dependent on the Bab El-Mandeb Strait since the beginning of the Iran warDepuis cet épisode, les rebelles soutenus par l’Iran auraient accéléré leurs préparatifs pour bloquer Bab el-Mandeb, dans le cadre de la stratégie de Téhéran visant à renforcer son influence sur l’économie mondiale et à accroître la pression sur l’administration Trump.
Au cours des deux jours ayant suivi l’annonce de la fermeture du détroit, le trafic maritime a fortement reculé. Le **21 juillet**, seuls **29 navires** ont franchi Bab el-Mandeb, soit une baisse de **34 %**, selon les données de la société spécialisée Kpler.
Si le conflit n’a pas encore provoqué de rupture majeure de l’approvisionnement mondial en pétrole, l’augmentation du nombre de navires faisant demi-tour dans le golfe d’Aden montre que les compagnies maritimes prennent au sérieux les menaces visant les bâtiments liés à l’Arabie saoudite, au risque de perturber davantage les exportations de brut.
L’aggravation des tensions au Moyen-Orient a porté les prix du pétrole à leur plus haut niveau depuis six semaines. En Asie, le Brent évoluait encore en hausse d’environ **2 %**, à **96 dollars le baril**, lors des premiers échanges jeudi.
Ces attaques sont intervenues le jour même où l’administration Trump a signé un accord avec l’Arabie saoudite en vue du développement d’un programme nucléaire civil autorisant, sous certaines conditions, l’enrichissement de l’uranium.
Parallèlement, les États-Unis ont mené mercredi une **douzième nuit consécutive** de frappes contre des objectifs iraniens afin de répondre aux menaces pesant sur la navigation dans le détroit d’Ormuz, a indiqué le Commandement central américain.





