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Cisco aurait violé les droits de salariés musulmans et originaires du Moyen-Orient, selon une agence fédérale américaine

**L’Equal Employment Opportunity Commission (EEOC), l’agence fédérale américaine chargée de faire appliquer les lois contre les discriminations au travail, estime que Cisco aurait soumis certains de ses salariés à un environnement de travail hostile en raison de leur origine ou de leur religion.**

Le géant américain des technologies Cisco est dans le viseur d’une agence fédérale américaine. L’Equal Employment Opportunity Commission (EEOC) estime qu’il existe des motifs raisonnables de penser que l’entreprise a porté atteinte aux droits civiques de salariés originaires du Moyen-Orient, musulmans ou liés à des personnes appartenant à ces communautés.

La décision, rendue au début de l’été et révélée dans un premier temps par *Politico Pro*, pourrait être la première du genre visant une grande entreprise américaine dans le contexte de la mobilisation en faveur des droits des Palestiniens, qui s’est développée dans les universités et les entreprises ces dernières années.

## Des messages racistes et islamophobes sur les plateformes internes

Des salariés avaient déposé des plaintes en décembre 2024, décrivant une multiplication des messages racistes et islamophobes sur une plateforme de communication interne de Cisco après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël.

La situation se serait aggravée quelques mois plus tard, après qu’environ 1 700 employés ont signé une lettre ouverte dénonçant les liens commerciaux de Cisco avec le gouvernement israélien.

Selon les plaintes, certains messages publiés sur les forums internes célébraient la mort de civils palestiniens, les comparaient à des animaux ou ciblaient directement des salariés ayant pris publiquement position en faveur des droits des Palestiniens.

Dans une lettre datée du 9 juin, Margaret Ly, directrice du bureau de l’EEOC à San José, a indiqué qu’à l’issue de son enquête, l’agence avait conclu qu’il existait des « motifs raisonnables » de penser que Cisco avait soumis un groupe de salariés à un environnement de travail hostile en raison de leur origine nationale, de leur religion ou de leur association avec des personnes musulmanes ou originaires du Moyen-Orient.

L’EEOC considère que ces faits pourraient constituer une violation du **Title VII du Civil Rights Act de 1964**, qui interdit notamment les discriminations professionnelles fondées sur l’origine nationale et la religion.

## Une lettre ouverte au cœur de la controverse

La lettre d’avril 2024 avait été coordonnée par **Bridge to Humanity (B2H)**, un collectif composé principalement de salariés palestiniens, arabes et musulmans.

Ses signataires demandaient notamment à Cisco de rendre publiques ses relations commerciales avec l’armée israélienne, d’appliquer sa propre politique en matière de droits humains et de garantir la protection des employés ayant signé la lettre contre d’éventuelles représailles.

Selon l’American Friends Service Committee, qui recense les liens entre les entreprises internationales et les opérations israéliennes à Gaza, Cisco fournit notamment des équipements et des capacités de communication au centre de données de l’armée israélienne.

Cisco aurait considéré la lettre comme une « forme de harcèlement », selon les plaintes déposées auprès de l’EEOC et plusieurs anciens salariés interrogés par *The Guardian* sous couvert d’anonymat, par crainte d’être victimes de *doxxing* — c’est-à-dire de voir leurs informations personnelles diffusées publiquement.

Dans un courriel interne, l’entreprise avait indiqué que la lettre faisait l’objet d’un examen et l’avait retirée d’un site interne permettant aux salariés de la signer.

## Des salariés affirment avoir alerté Cisco

Plusieurs commentaires publiés sur les plateformes internes auraient assimilé le soutien aux Palestiniens à de l’antisémitisme.

Dans un cas cité dans les plaintes, un commentaire publié à propos de deux membres d’une famille palestinienne tués à Jérusalem déclarait notamment : « Pour ma part, je suis extrêmement reconnaissant. »

Un autre utilisateur aurait écrit que les salariés ayant signé la lettre dénonçant les liens de Cisco avec Israël devraient « tout simplement démissionner […] et cesser de vivre pour rendre ce monde meilleur pour tous ».

Un autre encore affirmait avoir exporté la liste des signataires. En réponse, un collègue écrivait qu’il était certain que les personnes concernées n’étaient « pas très heureuses » de voir leurs noms apparaître dans un fichier Excel.

Les salariés ont à plusieurs reprises signalé ces publications à la direction, faisant part de leurs craintes que la liste soit utilisée pour identifier ou exposer publiquement les signataires. Ils avaient également alerté l’entreprise sur les conséquences potentielles pour les employés se rendant en Palestine ou dont les familles y vivaient.

Selon d’anciens salariés, Cisco n’aurait toutefois pas pris de mesures immédiates pour répondre à ces inquiétudes.

L’entreprise n’aurait réagi que deux mois après la remise d’un rapport de 76 pages recensant des publications jugées racistes ou haineuses. D’après des communications internes consultées par *The Guardian*, Cisco avait alors indiqué avoir supprimé certains commentaires considérés comme « inappropriés ».

## Cisco conteste les conclusions de l’EEOC

Cisco rejette les conclusions de l’agence fédérale américaine.

Dans une déclaration adressée au *Guardian*, un porte-parole de l’entreprise a affirmé que Cisco était en désaccord avec la décision de l’EEOC, ajoutant que le groupe avait « examiné de manière approfondie toutes les préoccupations » et pris les mesures qu’il jugeait appropriées.

L’EEOC n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les salariés concernés ont également saisi le **National Labor Relations Board**, l’autorité fédérale américaine chargée notamment de faire respecter le droit du travail collectif, ainsi que le commissaire au travail de Californie. Ces deux procédures sont toujours en cours d’examen.

## « Cisco n’a pas pris le harcèlement au sérieux »

Christopher Ho, directeur de l’association **Legal Aid at Work**, qui représente les salariés à l’origine des plaintes, estime que Cisco n’a pas suffisamment pris au sérieux les faits signalés.

Selon lui, l’entreprise aurait, au mieux, échoué à traiter correctement les accusations de harcèlement et son inaction aurait envoyé implicitement le message que ses salariés favorables aux Palestiniens « ne méritaient pas d’être protégés ».

« Il s’agit d’une multinationale gigantesque qui dispose de toutes les ressources nécessaires et qui n’a pourtant pas réussi à gérer correctement cette situation », a-t-il déclaré, ajoutant que l’intervention de l’EEOC constituait une avancée importante.

## Des départs et des licenciements contestés

Plusieurs anciens salariés affirment que nombre de ceux qui avaient mené la contestation contre les relations de Cisco avec Israël ont depuis été licenciés, remerciés dans le cadre de plans sociaux ou ont quitté l’entreprise sous la pression.

L’un des anciens employés, qui a récemment quitté Cisco, affirme que certains salariés encore présents dans l’entreprise se sentent aujourd’hui « confortés » par les conclusions de l’EEOC. Beaucoup resteraient néanmoins réticents à s’exprimer publiquement par crainte de représailles.

La médiation engagée entre Cisco et les salariés sous l’égide de l’EEOC n’a, pour l’instant, pas abouti. Les employés étudient désormais leurs options, notamment la possibilité d’engager des procédures judiciaires collectives ou individuelles.

« Nous espérons toujours que Cisco acceptera de revenir à la table des négociations », a déclaré Christopher Ho. « Ce sont des personnes qui étaient autrefois fières d’y travailler. »

## Cisco, au cœur d’un débat plus large dans la Silicon Valley

L’affaire s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation visant plusieurs entreprises technologiques américaines en raison de leurs relations commerciales avec le gouvernement israélien.

Cisco n’est pas la seule entreprise du secteur à avoir fait face à la mobilisation de ses salariés sur cette question. Des actionnaires du groupe ont eux aussi demandé à la direction de commander une évaluation indépendante de ses activités au regard des droits humains.

Dans une lettre adressée à l’entreprise en juin, ces investisseurs estimaient que la surveillance des risques liés aux droits humains était devenue essentielle à la protection de la valeur pour les actionnaires.

La décision de l’EEOC ne constitue pas une condamnation judiciaire définitive de Cisco. Elle marque néanmoins une étape importante dans une affaire qui pourrait avoir des répercussions plus larges sur la manière dont les grandes entreprises américaines traitent les conflits politiques et les prises de position de leurs salariés sur leur lieu de travail.

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