La révolution du cannabis de Trudeau transforme la Belgique en narco-État

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Le cannabis produit légalement au Canada déferle désormais sur l’Europe, enrichissant les organisations criminelles et contribuant à faire basculer la Belgique vers ce que certains qualifient de « narco-État ».

Selon une enquête du *Telegraph*, des exploitations autorisées sous le gouvernement de l’ancien Premier ministre canadien Justin Trudeau alimentent les réseaux de contrebande en cannabis à forte teneur en THC, expédié vers plusieurs des principaux ports du continent.

Des quantités record de cannabis affluent aujourd’hui vers le port d’Anvers. Au cours de la seule année écoulée, les douanes belges y ont saisi 32 tonnes de cannabis, soit une hausse de 500 % par rapport à 2024.

Les trafiquants acheminent la marchandise vers les ports européens dans des conteneurs maritimes de six mètres chargés dans les ports de Vancouver, Montréal, Halifax et Saint John.

Selon les enquêteurs, cette filière est pilotée par des réseaux mafieux liés aux triades chinoises, dont l’implantation dans les zones rurales canadiennes s’est considérablement renforcée depuis la légalisation du cannabis il y a huit ans.

D’après les renseignements des services de police, la légalisation a créé une telle surproduction au Canada que les organisations criminelles gagnent désormais jusqu’à cinq fois plus en exportant illégalement leur cannabis vers l’Europe qu’en le vendant sur le marché intérieur. Une fois arrivé à Anvers, le prix d’un kilogramme passe d’environ 800 livres sterling à près de 4 500 livres.

Cette différence de prix, combinée à la saturation du marché canadien, constitue le principal moteur de l’explosion des exportations clandestines.

À Anvers, les réseaux criminels verseraient près de 40 000 livres sterling à des dockers corrompus afin de détourner certains conteneurs vers des zones du port où ils échappent aux contrôles douaniers, ont indiqué des responsables des douanes au *Telegraph*.

Pablo and Bonnie the sniffer dog inspect the contents of a vanPablo and Bonnie the sniffer dog inspect the contents of a van

La marchandise est ensuite redistribuée vers les Pays-Bas, l’Allemagne, la France et l’Italie en empruntant les mêmes itinéraires terrestres, faiblement contrôlés au sein de l’espace Schengen, que ceux utilisés pour le trafic de cocaïne et d’amphétamines.

Les profits générés servent ensuite à financer d’autres activités criminelles, notamment le trafic de migrants, le commerce d’armes et certains réseaux terroristes.

Kristian Vanderwaeren, directeur général des douanes belges, a déclaré au *Telegraph* que, pour la première fois, les autorités avaient saisi davantage de cannabis que de cocaïne dans l’ensemble portuaire Anvers-Bruges.

Au cours des six premiers mois de l’année, les agents ont intercepté 10,8 tonnes de cannabis dans ce port, le deuxième plus important d’Europe. Sur la même période, les saisies de cocaïne ont chuté de 68 %, passant de 16,7 à 5,4 tonnes.

À la tête de 3 300 agents, M. Vanderwaeren explique devoir répartir avec prudence les moyens consacrés à la lutte contre les deux trafics.

« Je dois être très prudent. Si nous relâchons la pression sur la cocaïne, le monstre reviendra. Nous ne pouvons pas simplement déplacer nos priorités », explique-t-il depuis son bureau dominant les installations portuaires.

Selon lui, l’explosion des importations de cannabis est directement liée à la légalisation décidée sous Justin Trudeau. En 2025, les douanes belges ont saisi 32 tonnes de cannabis, dont 21 tonnes provenaient du Canada. L’année précédente, seulement deux tonnes étaient originaires du pays nord-américain.

« Depuis l’an dernier, nous constatons une hausse spectaculaire des saisies de cannabis. Les deux phénomènes sont clairement liés », affirme-t-il.

Les organisations criminelles privilégient désormais le cannabis à la cocaïne, les peines encourues étant généralement moins lourdes tandis que les bénéfices n’ont jamais été aussi élevés.

Record quantities of cannabis are flooding into Belgium, with the majority arriving from Canadian farmsRecord quantities of cannabis are flooding into Belgium, with the majority arriving from Canadian farms

## L’émergence d’un narco-État

Cette explosion du trafic alimente les inquiétudes croissantes de la magistrature belge, qui redoute que le pays ne glisse progressivement vers un véritable narco-État, où l’économie criminelle et la corruption finissent par fragiliser les institutions publiques.

À Anvers, des groupes criminels lourdement armés, équipés de fusils d’assaut et de grenades, exerceraient des pressions et des menaces contre des responsables publics afin d’empêcher la saisie des cargaisons de cocaïne et de cannabis, selon plusieurs sources citées par le *Telegraph*.

En octobre dernier, une magistrate anversoise ayant souhaité conserver l’anonymat a publié une lettre ouverte décrivant l’emprise grandissante du crime organisé sur la ville et sur l’appareil judiciaire, au point que certains de ses collègues vivent désormais sous protection policière permanente.

L’ancien ministre belge de la Justice, Vincent Van Quickenborne, avait lui-même été contraint de se cacher en 2022 après la découverte d’un projet d’enlèvement organisé par un réseau de narcotrafiquants néerlandais.

Face à des gangs toujours plus lourdement armés, Kristian Vanderwaeren a décidé, en mai dernier, d’équiper ses équipes de pistolets semi-automatiques Heckler & Koch SFP9 ainsi que de fusils de gros calibre afin d’équilibrer le rapport de force.

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Il affirme également que plusieurs membres de son personnel ont été suivis jusque dans des cafés ou des stations-service, où des criminels ont tenté de les corrompre ou de les intimider pour obtenir leur collaboration.

Malgré ces menaces, Kristian Vanderwaeren demeure l’un des rares hauts responsables belges des forces de l’ordre à accepter d’être interviewé et photographié.

« Je n’ai pas peur. Je ne renoncerai jamais à mon travail à cause du crime organisé. Mais je ne suis pas naïf non plus », affirme-t-il.

« Je dirige les douanes. Quelqu’un doit porter ce message et protéger nos agents.

« S’en prendre à moi ne leur apporterait rien, sauf s’ils souhaitent entrer en guerre contre l’État. »

Les équipes de M. Vanderwaeren ont ensuite fait visiter au *Telegraph* les installations du port et présenté les méthodes utilisées pour contrôler les conteneurs et les véhicules suspects.

Deux fourgons soupçonnés de transporter de la contrebande ont été soumis à un premier examen grâce à un scanner mobile de près de quatre mètres de hauteur. Cet équipement, d’une valeur d’environ 1,5 million de livres sterling, permet de radiographier les véhicules sans les ouvrir.

Après avoir analysé les images obtenues, les agents ont décidé d’effectuer une inspection approfondie.

Sous les ordres de son maître-chien Pablo, Bonnie, une femelle Berger malinois belge de sept ans spécialisée dans la détection de stupéfiants, a inspecté minutieusement les cartons entassés à l’arrière d’un fourgon blanc.

L’ensemble de l’opération n’a duré que quelques minutes avant d’être reproduite sur un second véhicule.

Aucun produit stupéfiant n’a finalement été découvert.

« Certains jours, nous interceptons trois conteneurs. D’autres fois, il ne se passe rien pendant trois mois », explique Pablo, qui travaille depuis treize ans au sein des douanes belges.

Contrairement à la cocaïne, qui peut être dissimulée sous forme liquide ou intégrée à des matières plastiques, le cannabis reste volumineux, très odorant et beaucoup plus difficile à cacher.

Le plus souvent, expliquent les douaniers, il est simplement conditionné sous vide puis dissimulé dans les conteneurs.

Mais l’ampleur des volumes importés, combinée à la corruption de certains intervenants, permet encore à d’importantes cargaisons de franchir les frontières sans être détectées.

Selon plusieurs sources citées par le *Telegraph*, l’engouement croissant pour une variété très puissante connue sous le nom de « Cali Weed » contribue également à l’essor du trafic. Initialement développée en Californie, où sa production est autorisée, cette variété est aujourd’hui cultivée au Canada par des réseaux liés aux triades chinoises.

À Bruxelles, Paris, Londres ou Berlin, les trafiquants proposent activement cette « Cali Weed » via des messageries chiffrées comme Telegram ou Signal, explique Robert Patrancus, enquêteur au sein de l’Agence européenne des drogues.

Kristian Vanderwaeren (right), Belgium’s head of customs, with Jean-Christian Premont of the Canada Border Services AgencyKristian Vanderwaeren (right), Belgium’s head of customs, with Jean-Christian Premont of the Canada Border Services Agency

Son taux de THC atteint entre 28 % et 30 %, soit près du double de celui des variétés produites en Espagne, principal fournisseur européen.

Selon M. Patrancus, cette explosion des trafics constitue « une conséquence involontaire » de la légalisation du cannabis décidée au Canada en 2018.

« L’objectif était de réduire le marché illégal. Mais comme toujours dans l’histoire, les organisations criminelles savent s’adapter », explique-t-il.

« Il s’agit malheureusement d’un effet inattendu de cette légalisation. Nous disposons encore de peu de recul historique et il reste difficile d’anticiper l’évolution du phénomène. »

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) confirme que les groupes criminels canadiens ont pleinement profité du potentiel du marché européen.

En 2025, un kilogramme de cannabis séché vaut environ 795 livres sterling au Canada, contre jusqu’à 4 500 livres une fois écoulé en Europe.

La GRC fait état d’une « augmentation spectaculaire » des cargaisons destinées à être exportées clandestinement par voie maritime entre 2023 et aujourd’hui.

Les saisies se comptent désormais en dizaines de tonnes et les autorités estiment que 2026 pourrait établir un nouveau record.

Jean-Christian Premont, directeur régional par intérim pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique au sein de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), indique que son administration a saisi 46 tonnes de cannabis destinées à l’Europe au cours des seize derniers mois.

« C’est trois fois plus que sur la période précédente », précise-t-il.

Le gouvernement canadien prévoit par ailleurs d’investir près de 700 millions de livres sterling dans le renforcement de l’ASFC et de recruter un millier d’agents supplémentaires afin de lutter contre ces trafics.

Les réseaux criminels cherchent également à faire entrer leur cannabis au Royaume-Uni. En mai dernier, les services britanniques ont intercepté 12 tonnes de cannabis, d’une valeur estimée à 139 millions de livres sterling, la plus importante saisie jamais réalisée sur le territoire britannique, après un acheminement depuis le Canada.

Deux hommes et une femme, tous originaires du Pays de Galles, ont été inculpés pour trafic de stupéfiants, blanchiment d’argent et importation d’une arme prohibée.

Il s’agit de Daniel Gould-Lewis, 37 ans, Gavin Davies, 45 ans, et Heidi Phillips, 36 ans, qui doivent comparaître devant la Crown Court de Bristol le 24 juillet lors d’une audience de procédure.

Deux semaines après cette opération, les douaniers du port de Saint John, au Nouveau-Brunswick, ont intercepté un conteneur contenant 6,7 tonnes de cannabis destinées à l’Écosse.

À elle seule, cette cargaison représentait trois fois le volume total saisi par les autorités canadiennes sur l’ensemble du territoire au cours de l’année précédente.

Lors de la légalisation du cannabis en juin 2018, Justin Trudeau affirmait que cette réforme permettrait de « maintenir le cannabis hors de portée des jeunes et de priver le crime organisé de ses profits ».

Pour l’Europe, les conséquences observées semblent aujourd’hui aller dans la direction exactement inverse.

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