Le Portugal a adopté une loi interdisant le port, dans l’espace public, de vêtements destinés à dissimuler ou à empêcher l’identification du visage. Une mesure présentée par ses détracteurs comme une nouvelle restriction visant principalement les femmes musulmanes portant le niqab ou la burqa.
Le texte, issu d’une initiative du parti de droite radicale Chega, a été adopté par le Parlement portugais en juillet avec le soutien de la coalition gouvernementale de droite et de la droite radicale. Les formations de gauche ont voté contre.
Le président portugais António José Seguro a finalement promulgué la loi.
Dans un communiqué, la présidence portugaise a souligné que « le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité humaine et de la communication ».
Une interdiction générale de dissimuler son visage
La nouvelle législation interdit, dans les lieux publics, le port de vêtements conçus pour « dissimuler ou empêcher l’identification du visage ».
Le texte ne mentionne plus directement l’islam ou les vêtements religieux musulmans, contrairement à certaines versions antérieures du projet.
La loi interdit également de contraindre une autre personne à se couvrir le visage pour des motifs liés notamment au sexe, à la religion, à l’âge ou à l’origine.
Les contrevenants s’exposent à des amendes, tandis que le fait de contraindre une autre personne à dissimuler son visage peut être puni d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison.
A protest against the Burka banLa législation prévoit toutefois plusieurs exceptions, notamment pour des raisons médicales, professionnelles, artistiques, de divertissement ou publicitaires.
L’interdiction ne s’applique pas non plus à certains lieux et situations, notamment les avions, les locaux diplomatiques et consulaires ainsi que les lieux de culte et autres sites considérés comme sacrés.
Une loi qui fait débat
Le président António José Seguro a reconnu que la question était entourée d’une « grande sensibilité sociale et culturelle ».
Pour ses défenseurs, la mesure répond notamment à la nécessité de garantir la possibilité d’identifier les personnes dans l’espace public et de lutter contre les situations dans lesquelles une personne pourrait être contrainte de dissimuler son visage.
Mais les organisations de défense des droits humains dénoncent une atteinte aux libertés individuelles et religieuses.
João Godinho Martins, directeur exécutif d’Amnesty International Portugal, a qualifié la nouvelle loi de « discriminatoire » et de « menace pour les droits humains ».
Selon lui, même si les références explicites à l’islam ont été supprimées du texte, la mesure affectera directement les femmes musulmanes qui choisissent de couvrir leur visage.
« Personne ne devrait dicter à une femme ce qu’elle peut ou ne peut pas porter, et aucune femme ne devrait être sanctionnée pour pratiquer sa foi, son identité culturelle ou ses convictions », a-t-il déclaré.
Amnesty estime également que l’interdiction pourrait avoir l’effet inverse de celui recherché par ses promoteurs : les femmes portant le voile intégral pourraient être davantage exclues de l’espace public et rencontrer des difficultés supplémentaires dans l’accès à l’éducation, à l’emploi ou aux services publics.
Le Portugal rejoint plusieurs pays européens
Avec cette nouvelle législation, le Portugal rejoint plusieurs pays européens ayant déjà adopté des restrictions similaires sur le port du voile intégral ou la dissimulation du visage dans l’espace public.
A female protesterLa France, la Belgique, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas disposent notamment de législations interdisant, totalement ou partiellement, la dissimulation du visage dans certains espaces publics.
En France, l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public est en vigueur depuis 2011.
Le débat gagne également l’Espagne
La question fait également débat en Espagne.
Dans les îles Baléares, des propositions visant à interdire le port de certains vêtements islamiques couvrant le visage sont actuellement discutées. Elles ont été soutenues par Vox et par le Parti populaire des Baléares (PP).
Les propositions prévoient notamment des sanctions financières pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros en cas d’infractions répétées.
Elles rencontrent cependant l’opposition des formations de gauche représentées au Parlement des Baléares, notamment le PSIB, MÉS per Mallorca, MÉS per Menorca et Unidas Podemos.
Vox souhaite également sanctionner les personnes qui contraindraient des femmes à porter le niqab ou la burqa, avec des peines pouvant aller jusqu’à quatre ans de prison.
Manuela Cañadas, députée de Vox, a défendu cette position en affirmant que la banalisation de ces vêtements représenterait une « régression médiévale au XXIe siècle ».
Elle estime que la protection de la culture espagnole contre des pratiques qu’elle considère comme dégradantes pour les femmes doit constituer une priorité.



