**Lire régulièrement, écrire, apprendre une ou plusieurs langues… Ces activités intellectuelles pourraient contribuer à préserver la santé du cerveau et à retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Une étude américaine met en évidence une association avec un risque inférieur de près de 40 %.**
Et si entretenir sa curiosité tout au long de la vie pouvait aider à préserver son cerveau ?
Une nouvelle étude menée aux États-Unis suggère que les personnes qui restent intellectuellement actives tout au long de leur existence — en lisant, en écrivant, en apprenant une langue étrangère ou en fréquentant des lieux culturels — présentent un risque nettement plus faible de développer la maladie d’Alzheimer.
La démence constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de santé publique dans le monde. Le nombre de personnes vivant avec une forme de démence pourrait atteindre **plus de 150 millions d’ici 2050**, selon les projections internationales. Le vieillissement de la population fait ainsi de la prévention du déclin cognitif un enjeu majeur pour les systèmes de santé et d’accompagnement.
## Près de 2 000 personnes suivies pendant huit ans
Les chercheurs ont suivi **1 939 personnes**, âgées en moyenne de 80 ans au début de l’étude, qui ne présentaient pas de démence.
Les participants ont été suivis pendant environ **huit ans** et ont répondu à des questionnaires permettant d’évaluer leur niveau d’activité intellectuelle à différentes périodes de leur vie : durant l’enfance, à l’âge adulte puis à un âge avancé.
Les chercheurs se sont notamment intéressés à la lecture, à l’écriture, à l’apprentissage des langues, aux visites dans les musées et les bibliothèques, mais aussi à l’accès aux livres, journaux, dictionnaires et autres ressources favorisant l’apprentissage.
L’étude a été publiée dans *Neurology*, la revue médicale de l’American Academy of Neurology.
## Un risque d’Alzheimer inférieur de 38 %
Les chercheurs ont ensuite comparé les 10 % de participants présentant le niveau d’« enrichissement cognitif » le plus élevé avec les 10 % ayant obtenu les scores les plus faibles.
Au cours de l’étude, **21 % des participants du groupe le plus actif intellectuellement ont développé la maladie d’Alzheimer**, contre **34 % dans le groupe présentant le niveau d’enrichissement cognitif le plus faible**.
Après prise en compte de facteurs tels que l’âge, le sexe et le niveau d’éducation, un niveau élevé d’activité intellectuelle au cours de la vie était associé à un **risque inférieur de 38 % de développer la maladie d’Alzheimer**.
L’association concernait également les troubles cognitifs légers, avec un risque inférieur de **36 %** chez les personnes présentant le niveau d’enrichissement cognitif le plus élevé.
## La maladie pourrait également apparaître plusieurs années plus tard
L’intérêt de ces résultats ne se limite pas au risque de développer la maladie.
Les personnes ayant obtenu les scores les plus élevés en matière d’enrichissement cognitif ont développé la maladie d’Alzheimer à **94 ans en moyenne**, contre **88 ans** chez celles dont le score était le plus faible.
Pour les troubles cognitifs légers, l’écart était encore plus marqué : ils sont apparus à **85 ans en moyenne** dans le groupe le plus actif intellectuellement, contre **78 ans** dans le groupe affichant le niveau le plus faible.
Cela représente un décalage d’environ **sept ans** dans l’apparition des premiers troubles cognitifs.
## Lire et écrire ne sont qu’une partie de l’équation
L’étude ne s’est pas intéressée uniquement aux habitudes des participants à un âge avancé.
Les chercheurs ont tenté de reconstituer leur environnement intellectuel à différentes étapes de leur existence.
### Pendant l’enfance
Avant l’âge de 18 ans, les chercheurs ont notamment pris en compte la fréquence à laquelle les enfants étaient incités à lire ou à qui l’on faisait la lecture, la présence de livres, de journaux ou d’atlas au domicile et l’apprentissage d’une langue étrangère pendant plus de cinq ans.
### À l’âge adulte
Les chercheurs ont également examiné certains indicateurs du niveau de stimulation intellectuelle et de l’accès aux ressources culturelles : abonnements à des magazines, présence de dictionnaires à la maison, accès à une bibliothèque et fréquence des visites dans les musées ou les bibliothèques.
### À un âge avancé
À partir d’un âge moyen de 80 ans, l’étude s’est notamment intéressée à la fréquence de la lecture, de l’écriture et des jeux sollicitant les capacités de réflexion.
L’idée générale est donc celle d’une **stimulation cognitive cumulative**, qui commence tôt dans la vie et se poursuit au fil des décennies.
## Des capacités cognitives mieux préservées
Au total, **551 participants ont développé la maladie d’Alzheimer** au cours de l’étude, tandis que **719 ont développé un trouble cognitif léger**.
Les chercheurs ont également analysé les données de certains participants décédés pendant la période de suivi et ayant fait l’objet d’une autopsie.
Chez les personnes ayant bénéficié d’un niveau élevé d’enrichissement cognitif au cours de leur vie, les chercheurs ont observé de meilleures capacités de mémoire et de réflexion ainsi qu’un déclin cognitif plus lent avant le décès.
Pour Andrea Zammit, du Rush University Medical Center de Chicago, ces résultats suggèrent que la santé cognitive à un âge avancé est fortement influencée par l’exposition à des environnements intellectuellement stimulants tout au long de la vie.
Selon la chercheuse, rester régulièrement engagé dans différentes activités sollicitant le cerveau pourrait faire une différence sur les capacités cognitives à long terme.
## Attention : l’étude ne prouve pas que lire empêche la démence
Les résultats sont encourageants, mais ils ne permettent pas d’affirmer que la lecture, l’écriture ou l’apprentissage d’une langue **réduisent directement le risque de démence**.
Il s’agit d’une étude observationnelle : les chercheurs ont constaté une association entre un niveau élevé d’enrichissement cognitif et un risque plus faible de maladie d’Alzheimer. Ils ne peuvent donc pas établir à eux seuls une relation de cause à effet.
Une autre limite concerne la mémoire des participants. Certains éléments concernant leur enfance et leur vie adulte ont été recueillis plusieurs décennies plus tard. Il est donc possible que certaines informations aient été rapportées de manière imparfaite.
Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer précisément dans quelle mesure les activités intellectuelles peuvent contribuer à prévenir ou à retarder la maladie d’Alzheimer.
## Une bonne raison de continuer à apprendre
Malgré ces précautions, l’étude apporte un message important : **le vieillissement ne signifie pas nécessairement que le déclin cognitif est inévitable**.
Lire un livre, écrire, apprendre une nouvelle langue, jouer à des jeux qui sollicitent la mémoire ou la réflexion, visiter un musée ou fréquenter une bibliothèque sont autant de façons de maintenir une activité intellectuelle.
L’intérêt pourrait surtout résider dans la régularité et dans la diversité de ces activités, plutôt que dans une seule habitude prise isolément.
Comme le souligne Isolde Radford, responsable des politiques de santé chez Alzheimer’s Research UK, qui n’a pas participé à l’étude, ces résultats renforcent l’idée que certaines habitudes de vie pourraient contribuer à réduire le risque de développer une démence.
**Entretenir son cerveau tout au long de la vie pourrait donc être l’une des pièces du puzzle de la prévention — même si aucune activité, à elle seule, ne peut garantir d’éviter la maladie d’Alzheimer.**


