Le Rassemblement national (RN) et ses alliés ont remporté ce week-end une victoire historique au Sénat, donnant un avant-goût des rapports de force qui pourraient se dessiner à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Dimanche, neuf sénateurs issus du parti de Marine Le Pen ont été élus, auxquels s’ajoutent deux élus de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti allié d’Éric Ciotti. Avec les trois sièges remportés par le RN en 2023, le groupe dispose désormais de **14 sénateurs**, un record pour le parti à la chambre haute du Parlement.
« Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions espérer. Cette percée est générale et confirme l’accélération de l’implantation du Rassemblement national sur l’ensemble du territoire », a écrit sur les réseaux sociaux la dirigeante du parti et candidate à la présidentielle.
Avec plus de dix élus, le RN pourra pour la première fois constituer officiellement un groupe avec l’UDR au Sénat. La droite, le centre et les socialistes restent toutefois les principales forces de la chambre haute.
## Que signifie ce scrutin ?
Les sénateurs français sont élus pour six ans. La moitié des 348 sièges du Sénat est renouvelée tous les trois ans.
Contrairement aux députés, les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens. Ils sont choisis au suffrage indirect par des élus locaux et représentent notamment les collectivités territoriales.
Le Sénat constitue, avec l’Assemblée nationale, l’une des deux chambres du Parlement français.
Dans le processus législatif, le gouvernement s’appuie principalement sur les députés de l’Assemblée nationale pour faire adopter ses textes. Les sénateurs jouent néanmoins un rôle important dans l’examen, la discussion et la modification des projets et propositions de loi.
À la différence de la Chambre des lords britannique, à laquelle le Sénat français peut être comparé sur certains aspects, les sénateurs français sont élus et disposent d’un mandat électif.
## Qu’est-ce qui a changé ?
Seuls 178 des 348 sièges du Sénat étaient renouvelables ce week-end. Le scrutin concernait donc 64 des 101 départements français, ainsi que certains sièges représentant les Français établis hors de France.
Selon les premiers résultats rapportés par *Le Monde*, la droite républicaine et ses alliés devaient conserver la majorité, avec 128 sièges, contre 134 précédemment. Les groupes alliés disposeraient de 74 sièges, contre 73 auparavant.
La gauche reste la deuxième force de la chambre avec 74 sièges, contre 78 lors du précédent renouvellement. Le centre conserve pour sa part ses 24 sièges de 2023.
David Lees, spécialiste des études françaises, a souligné que le scrutin ne permettait qu’une lecture partielle de l’état de l’opinion publique.
« Seuls les élus locaux peuvent voter, ce qui signifie que ce scrutin ne donne qu’une image limitée de l’humeur des électeurs. Néanmoins, le fait que l’extrême droite dispose désormais de son propre groupe au Sénat est significatif », a-t-il expliqué.
Il s’est également dit surpris par la résistance des Républicains au niveau local, malgré les récents scandales de corruption, notamment ceux ayant entouré l’ancien président Nicolas Sarkozy.
Selon lui, la droite traditionnelle conserve une influence importante dans les territoires, mais cette implantation locale ne se traduit pas nécessairement par la même dynamique au niveau national.
Le scrutin a également marqué une première pour La France insoumise (LFI), le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : le parti a obtenu son premier siège au Sénat.
« Le centre et le centre gauche, notamment le Parti socialiste, ont obtenu des résultats corrects, mais moins bons que le centre droit. Si, comme cela est généralement envisagé, un candidat centriste apparaît comme le mieux placé pour affronter Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, ces résultats peuvent être considérés comme un signal intéressant », estime David Lees.
Le RN, de son côté, sort renforcé du scrutin. Le parti ne comptait que trois sénateurs en 2023 et deux lorsqu’il avait fait son entrée au Sénat en 2014.
Le président du RN, Jordan Bardella, a confirmé que son parti formerait un groupe avec l’UDR d’Éric Ciotti. Les deux formations disposent ensemble de 14 sièges.
The French Senate – half of the chamber is re-elected every three years## Quelles conséquences pour la France ?
Le résultat des sénatoriales ne modifie pas la composition de l’Assemblée nationale et ne bouleverse pas fondamentalement l’équilibre politique du Sénat.
Il constitue néanmoins un indicateur de l’évolution du soutien dont bénéficient les formations d’extrême droite auprès des élus locaux, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.
Le collège électoral chargé d’élire les sénateurs compte environ 172 600 grands électeurs, parmi lesquels figurent notamment des parlementaires, des conseillers régionaux et départementaux ainsi que des conseillers municipaux.
Le nombre de sénateurs attribué à chaque département dépend de sa population. Toutefois, comme le souligne *Le Monde*, la carte électorale du Sénat n’a pas été entièrement actualisée depuis deux décennies. Elle accorde ainsi un poids relativement important à Paris et aux zones rurales par rapport à des territoires dont la population a fortement augmenté ces dernières années.
Le mode de scrutin constitue également une raison de rester prudent dans l’interprétation des résultats.
« Les sénatoriales combinent, selon les départements, un scrutin à deux tours lorsque aucun candidat n’obtient la majorité au premier tour et un scrutin proportionnel dans d’autres cas. L’ensemble se déroule en une seule journée. Il faut donc éviter de tirer des conclusions excessives de ces résultats », prévient David Lees.
Il ajoute toutefois que « les résultats continuent de suggérer que la dynamique est favorable aux partis situés aux extrêmes ».
## La présidentielle de 2027 déjà en toile de fond
Un sondage publié deux semaines avant le scrutin plaçait Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle dans les différents scénarios testés, tandis que Jean-Luc Mélenchon arrivait généralement en deuxième position.
Parmi les candidats de centre droit, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe était le seul à devancer Mélenchon dans l’un des scénarios étudiés et à faire jeu égal avec lui dans un autre. Dans les autres hypothèses testées, les candidats arrivaient derrière le leader de LFI.
Jean-Luc Mélenchon est lui-même candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027.
De son côté, l’ancien président socialiste François Hollande a déclaré lundi qu’il pourrait encore décider de se présenter en 2027, à condition d’estimer disposer d’une réelle possibilité de l’emporter.
Jean-Luc Melenchon, of the far-left La France Insoumise (LFI), is a candidate for the 2027 presidential elections« Une candidature à la présidentielle n’est pas une décision que l’on prend à la légère, d’autant plus lorsqu’on a été chef de l’État », a déclaré François Hollande au quotidien italien *La Repubblica*.
Pour David Lees, Édouard Philippe reste néanmoins le candidat centriste qui pourrait être le mieux placé pour affronter Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.
L’universitaire estime que François Hollande souffre encore de l’image laissée par un quinquennat jugé décevant et par son incapacité, selon cette analyse, à résoudre certains problèmes structurels de l’économie française.
« À ce stade, François Hollande devrait se présenter comme candidat indépendant, en dehors de l’étiquette du Parti socialiste, ce qui pourrait s’avérer particulièrement difficile », estime-t-il.




