Une avancée scientifique pourrait ouvrir de nouvelles perspectives dans le traitement des maladies de l’œil. Pour la première fois, des chercheurs sont parvenus à cultiver en laboratoire un tissu ressemblant étroitement au cristallin naturel de l’œil humain.
Cette découverte pourrait notamment contribuer au développement de nouveaux traitements contre la cataracte et d’autres pathologies oculaires.
Une équipe de scientifiques britanniques a réussi à produire de minuscules cristallins, à partir de cellules souches. Situé derrière la pupille, le cristallin est une structure transparente dont le rôle est de focaliser la lumière sur la rétine afin de permettre la formation des images.
Chez les personnes atteintes de cataracte, le cristallin perd progressivement sa transparence, ce qui entraîne une vision trouble et une diminution de l’acuité visuelle.
Des chercheurs de l’Anglia Ruskin University (ARU), de l’université de Cardiff, au Royaume-Uni, et de l’université d’Osaka, au Japon, estiment que ces tissus cultivés en laboratoire pourraient constituer un nouvel outil pour tester des médicaments et mieux comprendre les maladies affectant la vision.
À plus long terme, cette technique pourrait également contribuer au développement de traitements régénératifs, les scientifiques ayant constaté que les cellules obtenues étaient capables de se multiplier et de former de nouveaux tissus similaires à ceux du cristallin.
## Des mini-cristallins développés à partir de cellules souches
La professeure Barbara Pierscionek, membre du Centre de biomédecine et d’innovation en santé de l’Anglia Ruskin University, souligne l’importance de cette découverte.
« Il s’agit d’une avancée majeure, car il est particulièrement difficile d’obtenir et d’étudier des tissus du cristallin humain au cours de leur développement », explique-t-elle.
Les chercheurs ont réussi à cultiver en laboratoire de minuscules tissus de cristallin humain à partir de cellules souches et à identifier les conditions nécessaires pour reproduire au plus près les caractéristiques d’un cristallin naturel.
« À mesure que cette technologie évoluera, ces tissus cultivés en laboratoire pourraient nous permettre de tester de nouveaux médicaments, de mieux comprendre les maladies qui affectent la vision et, potentiellement, de contribuer au développement de futurs traitements régénératifs », ajoute la chercheuse.
Selon les résultats publiés dans la revue scientifique *npj Regenerative Medicine*, l’équipe a utilisé des cellules adultes reprogrammées afin de leur donner des propriétés similaires à celles des cellules souches.
Les scientifiques ont ensuite mis au point une méthode de culture permettant aux cellules de s’organiser spontanément en structures ressemblant à de petits cristallins.
Le processus a consisté à cultiver les cellules pendant huit semaines dans un milieu spécialement enrichi en nutriments et en protéines favorisant leur croissance. Cette méthode a permis leur multiplication et leur organisation en tissus miniatures.
Les analyses ont montré que les structures obtenues présentaient plusieurs caractéristiques biologiques essentielles des cristallins humains naturels.
Cette approche pourrait également permettre d’étudier plus efficacement certaines maladies génétiques du cristallin, notamment celles présentes dès la naissance chez les enfants.
## Vers de nouvelles alternatives à la chirurgie de la cataracte ?
Les chercheurs espèrent que leurs travaux contribueront, à terme, à la mise au point de traitements capables de limiter le recours aux interventions chirurgicales impliquant le remplacement complet du cristallin.
Aujourd’hui, la chirurgie reste le traitement de référence de la cataracte. Elle consiste à retirer le cristallin devenu opaque et à le remplacer par un implant artificiel.
Au Royaume-Uni, cette intervention figure parmi les opérations les plus couramment pratiquées par le NHS, le système public de santé britannique, avec environ 650 000 interventions réalisées chaque année.
Même si les applications thérapeutiques de cette découverte nécessiteront encore des recherches approfondies, la culture de tissus de cristallin humain en laboratoire représente une piste scientifique prometteuse pour mieux comprendre les maladies oculaires et imaginer de nouvelles approches thérapeutiques.




