Des scientifiques britanniques se rapprochent peut-être d’une avancée majeure dans la lutte contre le vieillissement. Ils ont mis au point un traitement expérimental capable de prolonger la durée de vie de certains organismes.
Une molécule appelée **991** a permis d’augmenter de **25 %** la durée de vie de levures, de vers et de mouches.
Le composé agit en activant une protéine appelée **AMPK**, qui joue un rôle essentiel dans la gestion de l’énergie au sein des cellules. En période de stress, d’exercice ou de jeûne, cette protéine aide les cellules à économiser leur énergie tout en favorisant les mécanismes permettant d’en produire davantage.
Les scientifiques soupçonnent depuis longtemps que ce mécanisme de survie pourrait également contribuer à ralentir certains changements biologiques associés au vieillissement.
### Une piste prometteuse contre les effets du vieillissement
Selon les chercheurs, cette découverte nourrit l’espoir que les humains puissent, à plus long terme, bénéficier de traitements agissant sur cette même voie biologique.
Le professeur **Filipe Cabreiro**, du **Medical Research Council (MRC)** britannique, souligne toutefois que la recherche est encore loin de permettre des essais cliniques de traitements anti-âge chez l’être humain.
> « Le domaine est encore loin des essais cliniques anti-âge chez l’être humain. Cela s’explique notamment par le fait que le vieillissement n’est pas officiellement considéré comme une maladie », explique-t-il.
Selon lui, améliorer l’état de santé des personnes âgées pourrait néanmoins avoir des conséquences importantes pour la société et les systèmes de santé, le vieillissement constituant un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer et les démences.
« La possibilité de maintenir les individus en meilleure santé plus longtemps, par exemple en ciblant pharmacologiquement l’équilibre énergétique via l’AMPK, constituerait une avancée biomédicale majeure », estime le chercheur.
### L’AMPK, le « détecteur de carburant » des cellules
L’AMPK est souvent décrite comme une sorte de **jauge énergétique de l’organisme**. Elle surveille en permanence la quantité d’énergie disponible à l’intérieur des cellules.
Lorsque les réserves énergétiques diminuent, l’AMPK agit comme un interrupteur biologique : elle freine les processus qui consomment beaucoup d’énergie et active, en parallèle, les mécanismes permettant d’en produire davantage.
Cette enzyme est naturellement activée par des situations telles que l’exercice physique, le jeûne ou d’autres formes de stress physiologique. Elle permet ainsi aux cellules de s’adapter lorsque les ressources disponibles sont limitées.
Ces dernières années, les scientifiques se sont particulièrement intéressés à l’AMPK en raison de son implication dans plusieurs mécanismes biologiques liés au vieillissement, notamment le métabolisme, l’inflammation et la réparation cellulaire.
Comme cette protéine se trouve au cœur du réseau métabolique de l’organisme, elle est également associée à différentes pathologies, parmi lesquelles l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certaines formes de démence.
Plusieurs médicaments déjà utilisés, notamment la **metformine**, un traitement contre le diabète, sont connus pour activer l’AMPK. Cette observation a renforcé l’intérêt des chercheurs pour la possibilité d’exploiter cette voie afin d’améliorer la santé au cours du vieillissement.
Cependant, ces médicaments agissent souvent de manière indirecte, ce qui rend plus difficile l’interprétation des résultats biologiques obtenus en laboratoire ou lors d’essais cliniques.
The drug, called 991, works by triggering a protein called AMPK that governs energy levels in the body### Une activation directe de l’AMPK
Pour contourner cette difficulté, les chercheurs ont utilisé la molécule **991**, qui cible directement l’AMPK.
Ils l’ont testée sur trois organismes présentant des caractéristiques très différentes : une levure utilisée en laboratoire, des vers nématodes et des mouches des fruits. Ces modèles ont notamment été choisis parce que leur durée de vie est relativement courte, ce qui permet d’observer plus rapidement les effets d’un traitement sur la longévité.
La docteure **Helena Cochemé**, qui dirige le groupe de recherche sur le métabolisme rédox au MRC, se dit particulièrement enthousiaste face aux résultats.
> « Le fait de pouvoir prolonger la durée de vie des levures, des vers et des mouches est très encourageant », affirme-t-elle.
Les vers étudiés en laboratoire vivent environ trois semaines, tandis que les mouches ont une durée de vie d’environ trois mois. Cela permet aux chercheurs de réaliser des expériences et d’obtenir des résultats beaucoup plus rapidement que dans le cadre d’études portant sur des mammifères.
Selon la chercheuse, cette étude constitue la **première démonstration qu’un ciblage direct de l’AMPK à l’aide d’un médicament peut avoir des effets sur la longévité d’organismes vivants**.
Le fait que le traitement ait produit des effets dans trois espèces aussi éloignées sur le plan évolutif donne, selon elle, davantage de raisons d’étudier la possibilité que ces résultats puissent, à plus long terme, être reproduits chez les mammifères — et éventuellement chez l’être humain.
### Prochaine étape : les souris
Après avoir observé des effets sur la longévité chez les levures, les vers et les mouches, les scientifiques souhaitent désormais déterminer si le même phénomène peut être reproduit **chez la souris**.
Cette étape sera importante avant d’envisager une éventuelle transposition à l’être humain.
Les chercheurs soulignent par ailleurs que des activateurs directs de l’AMPK ont déjà présenté un profil de sécurité jugé favorable dans certains essais consacrés à des troubles métaboliques. Cette donnée alimente l’espoir que ce type de molécule puisse, à l’avenir, trouver d’autres applications médicales.
Il reste toutefois à déterminer si les bénéfices observés chez ces organismes simples se reproduiront chez les mammifères et, surtout, chez l’être humain.
L’étude, publiée dans la revue scientifique **Aging Cell**, a été principalement financée sur fonds publics par le **Medical Research Council (MRC)**, qui fait partie de **UK Research and Innovation (UKRI)**.
Des scientifiques de **Queen Mary University of London**, du **Francis Crick Institute** et de **l’Université de Lyon** ont également participé aux travaux.



