Revolut ferait face à une demande de rançon de **3 millions de dollars (environ 2,2 millions de livres sterling)** après que des hackers se faisant passer pour des représentants des autorités ont réussi à accéder aux données de centaines de clients de la banque détenant des cryptomonnaies. Parmi les personnes concernées figure un ancien dirigeant du secteur crypto qui affirme désormais craindre pour sa sécurité.
La plus grande entreprise européenne de technologie financière a confirmé le week-end dernier avoir été victime d’une **escroquerie par usurpation d’identité**. Les pirates auraient compromis un système de messagerie électronique appartenant aux autorités italiennes afin de contacter des employés de Revolut et de leur demander des informations personnelles concernant certains clients.
La fuite de données n’aurait concerné qu’environ **680 clients sur les 80 millions d’utilisateurs de Revolut dans le monde**, mais les personnes visées auraient été sélectionnées en raison de leurs avoirs présumés en cryptomonnaies.
On ignore pour l’instant quelles pourraient être les conséquences de cette affaire sur l’**introduction en Bourse très attendue de Revolut**. Son fondateur, Nik Storonsky, a déclaré jeudi au quotidien français *Les Échos* que le groupe envisageait une **double cotation à Londres et à New York**.
Selon le *Financial Times*, qui affirme avoir échangé avec l’un des hackers présumés, celui-ci aurait menacé de publier les données des clients si Revolut ne versait pas une rançon de **3 millions de dollars**.
Un porte-parole de Revolut a toutefois déclaré que la banque « n’a reçu aucun contact direct ni aucune demande de la part des personnes ou du groupe à l’origine de ces affirmations ».
Mais certains clients concernés affirment craindre que la fuite ne les expose à des tentatives d’extorsion.
## Un ancien patron de Mt. Gox craint pour la sécurité de sa famille
Mark Karpelès, ancien directeur général de la plateforme d’échange de bitcoins Mt. Gox, aujourd’hui disparue, affirme faire partie des victimes de cette fuite de données. Il dit désormais craindre pour la sécurité de sa famille.
« J’ai des enfants, nous vivons ensemble. Mon adresse figure dans ces fichiers, donc bien sûr que cela m’inquiète », a-t-il déclaré au *Guardian*.
Karpelès a depuis contacté les forces de l’ordre à Tokyo, où il vit. Plus tôt cette semaine, dans une publication sur X, il avait déclaré craindre de pouvoir être « kidnappé ou mort » avant que Revolut ne lui fournisse des informations plus détaillées sur la fuite.
Il affirme être soulagé que les autorités japonaises prennent la menace au sérieux, tout en ajoutant : « Je pourrais malgré tout devoir voyager à l’étranger ou me retrouver dans des endroits qui ne sont peut-être pas aussi sûrs. »
L’homme d’affaires français, client de Revolut depuis 2023, estime que les hackers ont peut-être ciblé son compte par erreur, pensant qu’il disposait d’une fortune plus importante qu’en réalité.
Il explique avoir été contraint de déposer le bilan à la suite d’une affaire judiciaire très médiatisée au Japon.
Karpelès reste une personnalité controversée dans le monde des cryptomonnaies. Il avait été poursuivi au Japon pour détournement de fonds, avant d’être acquitté de ces accusations. Il avait toutefois été reconnu coupable d’avoir falsifié des données.
## Un groupe de victimes s’organise sur X
Depuis la révélation de la fuite, Karpelès a rejoint sur X un groupe de discussion réunissant plusieurs victimes. Les clients concernés y échangent des informations et tentent de se soutenir mutuellement.
« Nous sommes tous dans la même situation : nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé ni comment cela s’est produit. Nous essayons donc d’obtenir autant d’informations que possible », a-t-il expliqué.
Selon Karpelès, l’une des victimes serait même entrée en contact avec le hacker présumé. Celui-ci aurait démontré qu’il détenait effectivement les données personnelles de cette personne.
Le pirate aurait ensuite proposé de supprimer les informations, à condition de recevoir **50 000 dollars**, affirme Karpelès.
## Karpelès estime que Revolut ne devrait pas payer
Malgré sa frustration à l’égard de Revolut, dont la valorisation a atteint **115 milliards de dollars** lors d’une transaction secondaire réalisée au début de l’été, Karpelès estime que la banque ne devrait pas verser la rançon de 3 millions de dollars.
Selon lui, un paiement ne garantirait en effet aucunement que les données seraient réellement supprimées.
Le nombre exact de hackers impliqués reste inconnu. Les demandes de rançon auraient été formulées avec un paiement en **Monero**, une cryptomonnaie conçue pour offrir un niveau élevé de confidentialité.
Ce mode de paiement pourrait notamment compliquer la vérification d’un éventuel paiement : sans preuve ou reçu facilement exploitable, un hacker pourrait toujours affirmer ne jamais avoir reçu l’argent.
Karpelès espère désormais que Revolut communiquera davantage d’informations sur les circonstances de la fuite.
« C’est extrêmement dommageable [pour la marque Revolut], car je pense qu’une grande partie des clients de Revolut sont particulièrement sensibles aux questions de confidentialité », a-t-il déclaré, soulignant que la protection de la vie privée constitue souvent une priorité pour les personnes investies dans les cryptomonnaies.
## Revolut affirme que ses systèmes et les fonds de ses clients sont sécurisés
Un porte-parole de Revolut a déclaré :
« Revolut a récemment identifié une escroquerie externe sophistiquée fondée sur l’usurpation d’identité, dans laquelle une partie non autorisée a utilisé l’adresse e-mail d’un domaine appartenant à une agence gouvernementale légitime afin d’envoyer des demandes d’informations frauduleuses.
Dès que nous avons détecté cette activité, nous avons immédiatement bloqué l’adresse concernée et alerté l’agence gouvernementale compétente, ainsi que les autorités chargées de l’application de la loi, les organismes de protection des données et les régulateurs financiers.
Les systèmes de Revolut et les fonds de nos clients ne sont pas affectés. Nous avons directement contacté le nombre limité de personnes concernées afin de les informer de la situation et de leur apporter notre soutien. »




