Politique

Benyamin Netanyahou voit progressivement son pouvoir lui échapper

Dix jours après les élections législatives, l’opposition israélienne commence à entrevoir la possibilité d’un véritable tournant politique : le pouvoir de Benyamin Netanyahou pourrait enfin vaciller.

Plusieurs chefs de partis ont rallié Gadi Eisenkot, considéré comme le mieux placé pour lui succéder, tandis que des fissures commencent à apparaître au sein de la coalition gouvernementale dominée par le Likoud, le parti du Premier ministre.

Les tentatives de M. Netanyahou pour faire invalider les résultats du scrutin, en laissant entendre que des fraudes électorales massives auraient été commises au sein de la communauté arabe, n’ont pratiquement pas abouti. Ces accusations ont été avancées en dépit de l’absence d’éléments probants.

Dans le même temps, l’effondrement spectaculaire du soutien américain à Israël, illustré par la large victoire des démocrates aux élections de mi-mandat de mardi, a donné un nouvel élan aux efforts des dirigeants de l’opposition. Ceux-ci tentent désormais de surmonter leurs divergences pour trouver une issue politique et écarter celui qu’ils tiennent pour responsable de la catastrophe diplomatique.

De nombreux analystes expérimentés privilégient désormais l’hypothèse d’un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot, même s’ils soulignent qu’en politique israélienne, aucun scénario ne peut être considéré comme acquis.

Pour Gayil Talshir, maîtresse de conférences en science politique à l’Université hébraïque de Jérusalem, le chemin vers la formation d’un gouvernement dirigé par M. Eisenkot sera difficile, mais cette issue demeure « la plus probable ».

« Il n’existe aucun scénario dans lequel Netanyahou pourrait réellement former une coalition, puisqu’il ne dispose au maximum que de 53 voix sur les 120 que compte la Knesset », estime-t-elle.

## Gadi Eisenkot en position de force, mais une coalition encore fragile

La dynamique favorable à l’opposition menée par Gadi Eisenkot suscite également des inquiétudes. Certains redoutent que des militants du Likoud ne tentent de reproduire à la Knesset une opération comparable à l’assaut du Capitole américain.

Dès vendredi, M. Eisenkot devrait officiellement se voir confier par le président israélien, Isaac Herzog, la première mission de formation d’un gouvernement de coalition, après que plusieurs dirigeants de partis eurent recommandé sa candidature.

Ses soutiens espèrent alors profiter de cette première étape pour consolider leur dynamique et engager des négociations en vue de constituer une majorité stable.

Comme Benyamin Netanyahou, Gadi Eisenkot n’a pas réussi à obtenir seul une majorité pour son bloc politique. Pour accéder au poste de Premier ministre, il devra donc revenir sur au moins l’une de ses promesses de campagne.

Il avait notamment exclu de former un gouvernement avec les partis arabes, avec Benyamin Netanyahou ou avec les formations ultraorthodoxes si celles-ci exigeaient, en contrepartie de leur soutien, que les jeunes hommes de leur communauté soient exemptés du service militaire.

Mais en Israël, où le scrutin proportionnel rend presque systématiquement nécessaires de longues et difficiles négociations entre les partis après les élections, les engagements de campagne ne résistent pas toujours aux impératifs de la formation d’une coalition.

Les deux formations à majorité arabe, dont les électeurs ont été visés par les accusations de fraude électorale formulées sans preuve par M. Netanyahou, ont toutes deux annoncé leur soutien à Gadi Eisenkot. Un appui de poids, puisqu’elles disposent ensemble de 19 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

## Une première fissure dans le camp de Netanyahou

Un premier signe de fragilisation est apparu mercredi au sein du bloc de droite du Premier ministre. Le parti Judaïsme unifié de la Torah, qui représente une partie de la communauté juive ultraorthodoxe et soutient depuis plusieurs années les gouvernements de M. Netanyahou, a refusé de soutenir sa candidature au poste de Premier ministre.

Le bloc favorable à Gadi Eisenkot compterait ainsi 67 soutiens, contre 46 pour Benyamin Netanyahou.

Dans le jeu complexe des tractations politiques israéliennes, obtenir le premier mandat de formation d’un gouvernement ne garantit pas l’accession au pouvoir. Cette étape constitue néanmoins un avantage considérable.

Elle place Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, en position de force. Pour l’heure, Benyamin Netanyahou semble réduit à observer les négociations depuis les coulisses et à multiplier les déclarations publiques.

Dans ce contexte, le quotidien israélien *Maariv* a fait état de craintes concernant des projets de militants du Likoud visant à perturber le vote destiné à remplacer le président de la Knesset, Amir Ohana, fidèle soutien de M. Netanyahou.

Son départ constitue l’un des principaux objectifs de la stratégie d’après-scrutin de Gadi Eisenkot. En prenant le contrôle de la présidence du Parlement, lui et ses alliés pourraient maîtriser davantage le déroulement des travaux parlementaires.

Ils pourraient notamment faire adopter une loi visant à créer une commission d’enquête indépendante sur les attaques du 7 octobre, une initiative que Benyamin Netanyahou a jusqu’ici empêchée.

Les responsables de l’opposition espèrent que de telles mesures permettront d’instaurer un climat de confiance entre des formations politiques qui, malgré leur opposition commune au Premier ministre, sont loin de partager toutes les mêmes orientations.

Mais une autre menace inquiète les responsables politiques. Dans un scénario comparé par certains observateurs à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, des centaines de militants du Likoud pourraient se rassembler devant l’hémicycle pour empêcher physiquement les députés d’accéder à leurs sièges.

Une autre hypothèse évoquée serait celle d’une perturbation organisée directement à l’intérieur de la salle, qui fournirait à Amir Ohana un prétexte pour suspendre les travaux parlementaires.

Le président de la Knesset affirme toutefois qu’il autorisera l’examen d’une proposition visant à désigner un nouveau président si celle-ci est demandée par une majorité de députés.

## Eisenkot devra-t-il s’entendre avec les partis arabes ?

Gadi Eisenkot pourrait-il finalement mettre de côté ses réticences et ses engagements de campagne pour conclure un accord avec les formations politiques arabes ?

Ses déclarations depuis la soirée électorale laissent entrevoir une certaine souplesse sur cette question.

Il a présenté quatre principes fondamentaux auxquels tout parti souhaitant intégrer sa coalition devrait adhérer. Parmi eux figurent la reconnaissance du caractère juif de l’État d’Israël et l’engagement à démanteler le Hamas. Pour de nombreux observateurs, ces exigences visaient clairement les formations arabes.

Le parti Ra’am, dirigé par Mansour Abbas, pourrait ainsi rejoindre un gouvernement conduit par M. Eisenkot.

La Liste unifiée, alliance plus nationaliste dirigée par Yousef Jabareen, a pour sa part indiqué qu’elle pourrait soutenir un gouvernement minoritaire depuis l’extérieur de la coalition. Une formule qui rappelle une expérience déjà observée dans les années 1990.

Même si Gadi Eisenkot accepte finalement de travailler avec les partis représentant les citoyens arabes d’Israël, un obstacle de taille demeure : Avigdor Lieberman.

Ce dirigeant de droite, à la tête du parti Israel Beiteinu, qui représente notamment une partie de l’électorat israélien issu de l’immigration russophone, a obtenu sept sièges lors du scrutin de la semaine dernière.

Ancien président du Likoud, avec lequel il a fini par rompre violemment, M. Lieberman occupe aujourd’hui une position politique difficile à décrypter.

Selon Gayil Talshir, il s’est rapproché du bloc libéral sur les questions relatives aux rapports entre religion et État, tout en conservant des positions de droite sur d’autres sujets.

« Il est imprévisible, il n’a pas d’amis, c’est un électron libre », analyse-t-elle.

Bien qu’il appartienne au camp de l’opposition, Avigdor Lieberman tient Gadi Eisenkot pour responsable des résultats décevants de son bloc électoral. Il a également fait de toute coopération avec les partis arabes une ligne rouge qu’il affirme ne pas vouloir franchir.

M. Lieberman a certes recommandé, non sans réticence apparente, qu’Isaac Herzog confie à Gadi Eisenkot la première mission de formation du gouvernement. Mais ce geste est loin de constituer un soutien à sa candidature au poste de Premier ministre.

## Avigdor Lieberman, arbitre de la future coalition ?

Les véritables intentions d’Avigdor Lieberman restent difficiles à cerner. Certains observateurs estiment qu’il pourrait lui-même convoiter le poste de Premier ministre.

« En réalité, il peut obtenir de Gadi Eisenkot le ministère qu’il souhaite. Il n’a même pas besoin de mener un bras de fer. S’il veut devenir ministre de la Défense, occuper un poste de premier plan ou obtenir ce qu’il demande, il pourra probablement l’avoir », explique Gayil Talshir.

« Peut-être que la stratégie de Lieberman consiste à laisser Eisenkot et Netanyahou échouer tous les deux, puis à profiter du court intervalle précédant de nouvelles élections pour tenter de former lui-même une coalition et devenir Premier ministre. »

L’universitaire évoque également un autre scénario : Isaac Herzog et Donald Trump pourraient faire pression sur Gadi Eisenkot pour qu’il constitue un « gouvernement d’union sioniste », autrement dit une coalition incluant Benyamin Netanyahou.

Cette hypothèse semble toutefois beaucoup moins probable depuis les résultats des élections américaines de mi-mandat.

D’autres observateurs pensent qu’Avigdor Lieberman pourrait finalement assouplir sa position et accepter qu’un gouvernement minoritaire dirigé par Gadi Eisenkot bénéficie du soutien des partis arabes.

Les commentateurs israéliens plaisantent parfois en affirmant que les positions politiques de M. Lieberman sont avant tout définies par ses inimitiés. Dans ce domaine, Benyamin Netanyahou occuperait la première place, tandis que les partis arabes arriveraient en deuxième position.

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